Mon cousin : François Damiens en “nègre magique”

Deux cousins que les tempéraments opposent doivent s’entendre sur un contrat de vente de parts de la société viticole familiale. Le pitch de Mon cousin est peu réjouissant et le film aussi.

On avait laissé Jan Kounen en réalisateur sous amphétamines (Doberman), n’hésitant pas à prendre des risques créatifs (Blueberry) et aussi promoteur de la vape électronique (à laquelle il accorde une place non négligeable dans son dernier long métrage – placement de produit ?) dans un documentaire que nous n’avons pas visionné. Avec Mon Cousin, Kounen prend un énorme coup de vieux.

Vincent Lindon y joue le rôle archétypique de l’homme qui a réussi sa vie professionnelle mais qui manque de finesse relationnelle. Heureusement, le personnage de François Damiens, doux rêveur, va le remettre sur le droit chemin des sentiments – en faisant passer la question de l’argent au second plan. C’est la formule de Rain Man ou de Intouchables. L’idée est d’associer deux personnages très différents, comme dans le buddy movie, ici un colérique et un rêveur, et voir comment ils interagissent. Damiens joue le rôle autrefois attribué à Omar Sy dans Intouchables, c’est à dire un personnage légèrement handicapé, ou empêché, par sa psyché ou sa position sociale. C’est aussi un “nègre magique”, trope classique du cinéma américain pré-Black Lives Matter, c’est à dire un personnage dont la seule fonction est d’aider le héros, qui est en général blanc et financièrement bien portant, à se reconnecter avec sa famille/la société/la nature/la vie, rayez la mention inutile. Dans Mon cousin, ce protagoniste est décrit sans pincettes comme “fou”, devant pointer tous les soirs dans une “maison de repos” pour ne pas dire “asile” ou “HP”. L’exposition de son handicap est l’occasion pour le film de trois caméos : les pensionnaires de cet asile qui ne dit pas son nom sont trois réalisateurs bien connus, Albert Dupontel, Gaspard Noé et Jan Kounen lui-même. Or de folie, douce, créatrice, il n’y a pas dans Mon cousin. L’explosion promise par les deux opposés n’arrive jamais. Il ne reste plus qu’un Lindon qui s’époumone et mime la colère qu’est censé provoquer l’insupportable cousin qui, comme par magie à la fin, règle tous les problèmes. Entre temps, le spectateur attend que le film commence… pendant une heure trente.

Mon cousin. Scénario : Jan Kounen, Vincent Lindon, Fabrice Roger-Lacan . Réalisation : Jan Kounen. Interprétation : Vincent Lindon, François Damiens, Pascal Arbillot. France, 2020.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.