La nuée : phase I

Il faut soutenir le cinéma de genre français, même si les films en question ne cassent pas trois pattes à un canard.

Une paysanne mère célibataire élève deux enfants et quelques milliers de sauterelles. Poussée à bout par ses problèmes familiaux et les exigences d’une agriculture intensive, elle décide de les nourrir avec du sang humain. 

Vendu comme le renouveau du cinéma de genre français, La nuée est malheureusement en dessous du buzz qu’il suscite depuis plus d’un an. On a parlé du film également comme de la rencontre entre le cinéma d’auteur et le cinéma fantastique. Drame social sur le monde paysan d’un côté, et pseudo-film d’horreur de l’autre. Pour le drame social, il faut lui préférer Au nom de la terre, sorti en 2019 et réalisé par Edouard Bergeon. Pour l’horreur entomologique, on est loin des standards du genre, notamment du Phase IV de Saul Bass, sorti en 1974. On obtient un film certes hybride mais transparent, passe-partout. Le délire obsessionnelle de l’héroïne n’est pas assez caractérisé pour justifier ses actes. Les sauterelles tueuses une fois libérée, ne font pas tant de dégâts que ça. Il suffit juste de ne pas se trouver sur leur chemin. Le scénario prend du temps pour bâtir des personnages secondaires et les sacrifie sans raison apparente. Sans la peur qu’il est censé provoquer, il reste au film une histoire de relation mère-fille qui conclut le scénario de manière bien insatisfaisante. La monstruosité, celle des insectes ou des personnages humains, est à peine suggérée. Les sauterelles ne font pas peur, et la perspective d’une expropriation non plus. De Just Philippot, le réalisateur, on connaît le court-métrage Acide, et pour cette raison nous attendons son prochain film avec impatience. 

La nuée. Scénario : Jérôme Genevray, Franck Victor. Réalisation : Just Philippot. Interprétation : Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne. France, 2020.