ADN : la femme de l’artiste

Le patriarche algérien d’une famille française éclatée s’en va. Sa petite-fille rassemble les souvenirs et les morceaux de culture qui font d’elle une française de souche – algérienne aussi.

Neige est française. Et son grand-père qu’elle aime beaucoup est algérien. Malgré sa désunion, la famille fait front devant le patriarche atteint d’Alzheimer. Jusqu’au jour où papi meurt d’une mort tranquille en EHPAD. Les fractures déjà ouvertes entre soeurs, entre mère et fille, deviennent béantes.

Maïwenn n’a pas de nom de famille, or la famille semble être son sujet récurrent, celui qu’elle traînera avec elle tout au long de sa carrière de cinéaste comme Spielberg traîne son problème de père défaillant. On peut être même plus précis, elle traite de la maltraitance psychologique au sein de la famille. Dans Polisse, c’est bien de maltraitance d’enfants qu’il s’agit, et la famille semi-dysfonctionnelle qu’elle décrit c’est l’équipe de policiers. Le film de 2015 lui vaudra un procès d’intention par un critique du Monde qui lui reprocha de coller ses problèmes de classe à un récit calqué sur les souffrances du petit peuple, et notamment des enfants roms… Or que demande-t-on à un ou une cinéaste, sinon de nous parler du sujet qu’il ou elle connaît le mieux et qui, dans un paradoxe, lui reste à découvrir perpétuellement ? En fait, il faudrait faire la part des choses et séparer la femme de l’artiste. On ne peut pas éternellement reprocher à Maïwenn d’avoir été la (toute) petite amie de Besson, et la mère de son enfant, ou d’avoir des positions antiféministes. Il faut à un moment ou un autre la juger pour ses films quand bien même ils reflétaient ses opinions sociétales. Ce qu’on peut reprocher à cet ADN, c’est éventuellement son affiche qui met l’actrice-scénariste-réalisatrice au centre de tout. En l’occurrence, elle renvoie à la fin du film où Neige décide d’embrasser pleinement son identité algérienne en se mêlant à la foule des révoltés du Hirak en Algérie. Or, de la complexité de l’identité algérienne, de la problématique algérienne, il n’est ici pas question. L’Algérie n’est que le réceptacle des problèmes existentiels de Maïwenn. Et nous revoilà à lui reprocher ce qu’elle ne dit pas.

ADN. Scénario de Mathieu Demy et Maïwenn. Réalisation : Maïwenn. Interprétation : Maïwenn, Louis Garrel, Fanny Ardant. France, 2020.

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