Les Gardiens de la Galaxie et la pyramide de Maslow

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Un détail attire l’attention sur l’affiche du dernier rejeton de la fusion Marvel-Disney : une structure triangulaire qui contient et maintient chaque héros à sa place.

Nous avons isolé un grossier triangle pour rendre son message plus lisible. Commençons par la base. Nous découvrons un raton-laveur mutant et hargneux. S’il se trouve à cet endroit précis c’est d’abord parce que c’est un animal. Si cet animal devait être le personnage principal il aurait été le héros d’une parodie de Disney genre Dreamworks. Et il aurait été au sommet du triangle. Mais il ne l’est pas. En arrière-plan, à gauche, afin que sa taille immense ne fasse pas ombre aux autres protagonistes, nous avons un humanoïde végétal dont le rôle, on le découvre à la fin du film, est de se sacrifier plus ou moins pour sauver les autres : normal, ce n’est qu’une plante, ça repousse et c’est au bout de la chaîne alimentaire. S’il avait été le héros, c’eut été un film des studios Ghibli. A l’extrême-droite, sur la même ligne, nous avons un personnage tatoué et rosâtre, brute épaisse incapable du moindre second degré. Enfin, au premier plan, le corps sculptural d’une femme verte dont la posture guide notre regard plus haut vers le vrai héros de l’histoire : un être humain mâle hétérosexuel coureur de jupons né dans les années 80, soit le cœur de cible du film. Nous sommes donc en présence d’une production Disney-Marvel.

Cette structure pyramidale est classique dans les affiches de cinéma américain d’aventure. Elle permet de hiérarchiser les rôles et l’action vers un but ou un personnage ultime afin de rendre le message clair. Difficile de ne pas la comparer à la fameuse pyramide d’Abraham Maslow, un psychologue américain du 20e siècle connu justement pour avoir hiérarchiser les besoins humains. Ci-dessous, une interprétation fidèle de sa théorie.

Pyramide_des_besoins_selon_Abraham_Maslow

Si on la compare à la pyramide de l’affiche des Gardiens, deux approches sont possibles. Soit on suppose que chaque personnage gravit une étape jusqu’au sommet, ou au contraire, chacun est figé à son étage, comme pour servir de marche pied à l’homo-sapiens sapiens tout en haut de l’édifice. Ce type est plus fort que les dieux-méchants eux-mêmes pour une simple raison : bien qu’issus d’univers extra-dimensionnels, les antagonistes n’ont été écrits qu’en une seule dimension. Aussi plats qu’une feuille de papier.

On peut encore tenter une approche optimiste : chaque personnage est le spectateur, et le visionnage de ce film d’action pourrait lui faire sentir toutes les étapes de l’escalade vers le « soi ». Ouais, sauf que, non. Inévitablement, ce triangle pointe sur le visage poupin du héros mâle blanc hétérosexuel.  Ce n’est pas Zoe Saldana-Verda qui occupe le premier rôle, au contraire elle est pour une troisième fois, le complément d’un héros masculin, depuis Star Trek ou Avatar. Elle occupe l’étage 4 de la pyramide de Maslow : « besoin d’estime, sentiment d’être utile, d’avoir de la valeur, conserver son identité« . Tandis que notre héros blanc mâle hétéro « s’accomplit » et impose sa culture et ses goûts musicaux à la majorité.

Bien qu’étiqueté film de super-héros, on ne s’intéressera pas à sa bande-dessinée. Les Gardiens de la Galaxie appartient plutôt au space opera, un genre très masculin notamment parce qu’il a tendance à reproduire des schémas narratifs inspirés de la glorieuse récente histoire coloniale impériale occidentale. Ce film fait aussi partie de la seconde phase stratégique commerciale de Marvel : après avoir installé un à un ses héros, il faut maximiser leur potentiel créatif et commercial dans des films d’équipe. Mais comment parmi une foule de surhumains distinguer les meilleurs ? Facile : le plus fort des surhumains, c’est l’humain. C’est à la fois remettre les choses à leur place, et faire marcher la galaxie la tête à l’envers. Depuis Darwin et Einstein, nous savons que nous ne sommes pas grand chose dans cet univers. Mais c’est la fantaisie de ces films de nous faire croire l’inverse. Une fois dépouillé de leurs effets spéciaux, ils ne sont qu’une redite de westerns ou de films policiers. Mais pourquoi est-ce que c’est ce blanc-bec en haut de l’affiche qui a le droit de « s’accomplir » et pas le raton-laveur, ni Zoe Saldana ? Parce que comme le réplique une diplomate klingon dans Star Trek VI (1991, Nicholas Meyer) : « La Fédération des Planètes (l’ONU de l’espace, ndlr) n’est rien de plus qu’un club privé pour homo sapiens. » Voilà qui est dit. Les Klingons et les ratons-laveurs mutants n’ont qu’à faire leur propres films s’ils veulent devenir sinon les maîtres, au moins décrocher un job de gardiens de cette galaxie.

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