Mutafukaz : a tendance à bloquer

Mutafukaz

Film d’animation franco-japonais sorti en 2018, Mutafukaz ne raconte rien de spécial et bloque dans ses références à la culture pop du passé.

Précédé par un buzz énorme, Mutafukaz avait les atouts pour ne pas faire que du bruit en 2018. La promesse graphique est tenue : on n’avait jamais vu ça. Dans un dessin-animé français. C’est au japonais Shojiro Noshimi, qu’on doit la réalisation “exécutive” de ce mutant de l’animation. Le dessinateur français Guillaume Renard est crédité comme metteur-en-scène, scénariste, et auteur de la bande-dessinée d’origine. Or c’est bien dans l’écriture, on dirait même dès l’écriture, que ce projet d’adaptation se plante. Du début jusqu’à la fin, le spectateur est submergé de texte parlé, peut-être pour condenser les n volumes de la BD originelle. Les personnages soulignent par la parole leurs sentiments et des situations déjà advenues. Des dialogues excessivement longs et lourdement référencés au jeu vidéo, aux séries de notre époque qui est déjà passée. Les visuels croulants déjà sous les références pop, le scénario se tire une balle dans le pied en les recyclant toutes, pêle-mêle. Il aggrave le cas en abordant sans les aboutir des thématiques importantes. En mélangeant théories du complot, réflexions sur la condition sociale, plaidoyer pour le droit à la différence, et fascination pour l’ultra-violence, au final, on ne comprend rien.

Un comble : les méchants sont des extraterrestres dominateurs appelés “Machos”. Ce qualificatif conviendrait bien aux auteurs. Les rares personnages féminins (une jeune mère, une amante potentielle de même groupe ethnique que le héros, et une joggeuse à grosse poitrine) sont stéréotypés et sexualisés. Quand bien même ce serait une référence de plus à l’anime japonais, le non-féminisme de la démarche saute au visage justement à cause de la rareté des femelles dans ce monde de mâles – où l’ont fait bien la différence entre un “négro” et un cul-blanc. Re : on ne comprend rien au message profond très superficiel de l’histoire. 

Au-delà des défauts d’écriture, on constate par le casting français un certain opportunisme, faussement générationnel. C’est Orelsan et Gringe qui prêtent leurs voix aux personnages principaux. Sans avoir vu la performance du duo dans la série Bloqués ou le film Comment c’est loin, difficile de juger positivement la performance des deux rappeurs également connus sous le nom de Casseurs Flowters. Donc, même si Mutafukaz a une allure jeune, séduisante, on dirait tout de même une histoire de “vieux”, bloqués dans un univers référentiel éclectique qui va du hip-hop à l’électro, d’Akira à The Walking Dead, et de Pac-Man à GTA. Consolons-nous avec en bonus le clip “Bloqué” des Casseurs Flowters (2013) ci-dessous.

Mutafukaz. Scénario de Guillaume Renard. Réalisation : Guillaume Renard et Shojiro Nishimi. France/Japon, 2017.

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