Mignonnes : roses écloses

Un conte de fait social : l’hypersexualisation des adolescentes.

Un conte de fait social : l’hypersexualisation des adolescentes.

Aminata vient d’emménager avec sa mère et son petit frère dans le 19e arrondissement de Paris. Tout n’est pas rose pour cette petite noire de onze ans. Destinée à suivre la tradition qui fait de la femme un outil pour l’homme, elle est témoin de la détresse de sa mère quand elle apprend que son père va prendre une seconde épouse. Dans la lingerie automatique elle fait la connaissance d’une fille de son âge qui fait partie des “Mignonnes” un groupe de danseuses amatrices qui s’agitent sur un rythme beaucoup trop sensuel pour des enfants censés encore jouer à la corde à sauter. Pour Aminata, c’est l’occasion de se faire des amies et d’échapper au sort réservé aux femmes de sa condition et de son origine.

Tous les cinéastes le savent mais pas forcément le public : il ne faut jamais tourner avec des enfants. Ils sont réputés mauvais joueurs et trop difficile à diriger. Mignonnes fait fi de cette règle en tirant le meilleur de ses jeunes actrices. Ses cinq interprètes sont d’un naturel confondant alors que la mise en scène semble avoir exigé le maximum d’elles. Le film met mal à l’aise le spectateur masculin en sur-montrant ce qu’il cherche à dénoncer : l’hypersexualisation, ici des filles à la lisière entre l’enfance et l’adolescence. D’ailleurs, après avoir emporté l’adhésion du jury de Sundance (le festival du cinéma indépendant américain), suite à une campagne de promotion maladroite, le film a fait scandale aux Etats-Unis car accusé de promouvoir la pédophilie. Heureusement, c’est une femme, Maïmouna Doucouré, qui est aux commandes de la caméra, une femme d’origine sénégalaise et de tradition musulmane. On ne pourra donc pas l’accuser de clichés. Mignonnes n’est pas un simple constat sur un fait de société. C’est un véritable film qui contient des moments de cinéma comme cette scène sous le lit qui montre par leurs pieds tout le poids qui pèse sur les femmes sénégalaises (la tradition, la polygamie) ou la dernière séquence qui ramène l’héroïne à son statut normal de fillette.

Mignonnes. Scénario et réalisation : Maïmouna Doucouré. Interprétation : Fathia Youssouf, Médina El Aidi-Azouni, Esther Gohourou. France, 2020.

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