Benedetta : gazon maudit

Dans la Toscane du 17e siècle, soeur Benedetta est traversée par des visions où elle s’imagine « l’épouse de Jésus », mais aussi de pulsions lesbiennes.

A 9 ans, Benedetta Carlini est offerte en échange de biens et d’une dot au monastère des Théatines. Elle a un peu moins de 30 ans quand elle est nommée abbesse et qu’elle prétend avoir des visions de son « époux » Jésus. Tandis qu’elle s’éprend d’une jeune novice, la fougueuse Bartolomea, ses épisodes de transe spectaculaires suscitent dévotion et soupçons.


Désolé pour sa première période européenne, mais Paul Verhoeven restera toujours pour nous avant tout le réalisateur de Robocop, Total Recall et Starship Troopers. Trois films produits dans le macrocosme économique des studios hollywoodiens et qui n’ont pourtant pas éteint leur auteur ni sa verve. A 82 ans et après Elle en 2016, il revient à Cannes présenter son dernier film, prêt depuis deux ans, mais à la sortie retardée pour cause de pandémie. Alors avec cette affiche, non retenue pour la France, montrant Virgine Efira en nonne sein apparent, le buzz était très grand. C’était la promesse d’un film sulfureux. Le soufflet doit malheureusement retomber. Attention : 82 ans c’est jeune, si on compare aux 102 printemps de Manoel de Oliveira lors de la présentation de son dernier film à Cannes en 2010. D’autant plus qu’il le prouve dans ses interviews, Verhoeven est encore vert. Alors on ne peut pas accuser l’âge du réalisateur pour expliquer ce ratage. En s’emparant d’une histoire vraie, on ne peut même pas dire que le « hollandais violent » a voulu choquer. Certes il nous inflige une scène de godemichet blasphématoire, mais c’est ce qui se serait passé dans la réalité au 17e siècle. A part ça, on voit des corps de femmes nues jusqu’à la désérotisation complète. Le réalisateur de Basic Instinct déjoue les attentes.


Paul Verhoeven nous soumet à une mise en scène beaucoup moins exigeante que ses opus passés. Le spectateur ne se trompe pas à ce sujet et rit à chaque fois que Benedetta, possédée, prend la voix d’un homme, ou quand il voit une comète zébrer le ciel kitsch de Pescia. Il ne répond pas à la question principale : Benedetta était-elle une manipulatrice ? A vrai dire, c’est le catholicisme tout entier qui peut être accusé de dissimuler la vérité et de tromper les ouailles. On s’attendait à ce que ce dernier Verhoeven indigne la communauté. Au lieu de ça, le quotidien La Croix le trouve simplement « boursouflé », « prêtant à rire plutôt qu’à choquer » avec « son brulot outrancier ». Il faut dire qu’au regard des affaires de mœurs qui ont secoué l’Église catholique ces dernières années, l’homosexualité d’une nonne du 17ème siècle retracée par un cinéaste de 82 ans ne peut que prêter à sourire. Avec CINEMUSIC Radio.


Benedetta. Scénario : David Brike et Paul Verhoeven d’après Judith C. Brown. Réalisation : Paul Verhoeven . Photographie : Jeanne Lapoirie. Musique : Anne Dudley. Interprétation : Virginie Efira, Charlotte Rampling, Daphné Patakia. France/Pays-Bas, 2021. Date de sortie : 9 juillet 2021 (compétition officielle au Festival de Cannes et sortie nationale). Crédit photo © Guy Ferrandis – SBS Productions, Pathé.

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