The Twilight Zone : aux frontières du possible

A l’ère des réseaux sociaux et de Black Mirror, la légendaire anthologie fantastique revient. Faire aussi bien soixante ans après Rod Serling, c’est la mission impossible que Jordan Peele a accepté.

Dans une longue introduction au pilote de la série originelle, Rod Serling, son créateur promettait une série d’un genre spécial, basée sur une narration de qualité, et dont on parlera beaucoup. C’était en 1959. En 2019, c’est Jordan Peele qui a l’immense responsabilité de faire revivre l’esprit et la chair de la Zone en tant que producteur et narrateur. Nous avons pu voir les six premiers épisodes actuellement diffusés sur CBS All Access. Dans The comedian, un humoriste rencontre le succès à mesure que tout disparaît autour de lui. Cauchemar à 30 000 pieds raconte un désastre prévu d’avance sur un baladeur MP3. Dans Replay, une jeune femme noire est prise au piège dans une boucle inévitable de violence. Un gamin trop gâté devient président des Etats-Unis, un étrange étranger fait irruption un soir de Noël et d’apocalypse, des astronautes se demandent s’ils sont dans une simulation ou la réalité, etc. The Twilight Zone est déjà renouvelée pour une seconde saison. Est-ce que ça veut dire que Jordan Peele a réussi l’impossible mission de faire aussi bien que Rod Serling ?

Le destin de ces grands hommes noirs importés en esclaves en Amérique sera toujours plus intéressant que celui des petits hommes verts.

Le choix de Jordan Peele était logique et bon. Le succès de Get Out en 2016 a fait de lui un auteur populaire et, n’ayont pas peur des mots, le premier réalisateur Noir de films qui font peur. Peur et réfléchir. C’était aussi la promesse, tenue, par la série de Serling dont chaque épisode finissait sur une morale et/ou une chute renversante. En 2019, on ne peut pas donner au public des leçons comme on le faisait il y a 60 ans. Mais on peut continuer à donner du sens. Trois épisodes se distinguent de cette première salve de par leur qualité et un ingrédient subtil. Peele a donné pour mission à son cinéma de “banaliser les visages noirs dans la culture pop”, il banalise en vérité toutes les couleurs du spectre coloriel et social. Dans The comedian et The Wunderkind la couleur de peau des personnages n’a aucune incidence sur l’histoire et la “morale”, tandis que Replay ne parle que de ça. Dès qu’elle s’écarte de la ligne éditoriale politique et sociale qui en fait une série “de gauche”, elle s’enfonce dans une science-fiction à la X-Files. Le destin de ces grands hommes noirs importés en esclaves en Amérique sera toujours plus intéressant que celui des petits hommes verts. Jordan Peele n’a pas la présence fantomatique ni la voix posée et convaincue de Rod Serling mais la Zone de 1959 n’a pas toujours eu la même forme et la même durée. En attendant de l’inscrire au patrimoine de la pop culture, ce reboot offre une alternative vintage et optimiste aux séries longues comme aux anthologies techno-désespérées à la Black Mirror.

The Twilight Zone. De Jordan Peele, Simon Kinberg, Marco Ramirez, d’après Rod Serling.

Alexandre Pesavento

About Alexandre Pesavento

Correspondant de presse à Los Angeles pour d'autres journaux, j'agis ici sous pseudo et profite de mon exil pour voir des films que vous, petits Français, ne verrez peut-être jamais.

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