Quand les Corsino dansent avec leur temps

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Le centre des Arts Numériques d’Enghein-les-Bains accueille jusqu’au 25 mars une fiction transgenre, l’exposition « n+n Corsino, Surf et Surface, navigations chorégraphiques ».

Nicole et Norbert Corsino, artistes chorégraphes et chercheurs, savent danser avec leur temps. Dans leur nouvelle exposition « Surf et Surface, navigations chorégraphiques », le support visuel sert de surface d’écriture-réécriture de scénarios. Quand l’art numérique flirte avec la chorégraphie (« art de décrire la danse par caractères, figures et signes démonstratifs »), un nouveau champ de réflexion s’ouvre sur la perception de la danse, du mouvement. Parsemer l’espace d’écrans interactifs affichant des silhouettes en mouvement bouscule la perception du geste, qui se traduit ici en élément pictural de dimension calligraphique, soumis à des jeux d’ombre et de lumières, comme l’objet d’une bataille entre le yin et le yang, l’un et l’autre le dérobant alternativement. La danse ramenée à sa perspective visuelle, « oblique », soustrait finalement à la vue l’expression à l’origine du mouvement, celle née de l’instant fébrile, de l’intime, de l’émotion.

Etablir ses passerelles entre les différents médiums, c’est permettre au spectateur de prendre part à une exploration cinétique, une navigation sensorielle, « un flou artistique » autour des frontières. Avec « Soi-moi », application pour iPhone, pour la modique somme de 8 euros, il est possible d’interagir sur les séquences chorégraphiques en motion capture réalisées dans des décors de lieux urbains et paysages naturels : souffler sur le smartphone fait apparaitre de la neige, secouer celui-ci fait inverser le mouvement de la danseuse.

La réalité virtuelle entre en scène avec la fiction Capture 2nd mouvement, réalisée entièrement en 3D et motion capture. Trois danseuses interprètes clonées pour l’occasion réalisent des chorégraphies dans des paysages urbains et désertiques, avec de forts contrastes clair-obscur. Un univers impressionnant, qui, au vu de séries de mouvements épurés, lissés, dénués de tout capital émotionnel, vifs et incisifs,  similaire à des combinaisons d’arts martiaux, n’est pas sans rappeler le jeu vidéo Tomb Raider. A se demander  ce qui est capturé. Est-ce le mouvement ? Ou est-ce la danse qui semble avoir disparu de la surface ?

« Navigations chorégraphiques », des liaisons dangereuses entre les genres, dont le décloisonnement ouvre un monde de possibles.

N+N Corsino