Christian Bale (left) as Dick Cheney and Steve Carell (right) as Donald Rumsfeld in Adam McKay’s VICE, an Annapurna Pictures release. Credit : Annapurna Pictures 2018 © Annapurna Pictures, LLC. All Rights Reserved.

Vice : une nuit américaine

Christian Bale et Steve Carell dans VICE. Crédit : Annapurna Pictures 2018.

L’ascension irrésistible de Dick Cheney, de ses débuts comme stagiaire au Sénat, jusqu’à la Maison Blanche au poste de vice-président et patron de la boucherie irakienne dans les années 2000.

Il faut être très attentif car le film d’Adam McKay envoie beaucoup d’informations et d’impressions. Un ivrogne bedonnant hurle au milieu d’une meute dans un bar. Il roule de travers sur la route au petit matin. Un policier l’arrête, il tombe de son siège. Quarante ans plus tard, le même gros type est amené de force dans un lieu sécurisé par sa garde rapprochée de vice-président des Etats-Unis, un matin d’un certain 11 septembre. Il donne l’ordre incroyable à l’Air Force de détruire tout avion civil présentant une menace. Et cette décision, il la prend en concertation avec lui-même, devant la consternation de ses collaborateurs, dont la secrétaire d’Etat Condoleeza Rice. Il a le droit en tant que vice-président, il a tellement intrigué pour arriver à cette superpuissance. La chute de cette farce machiavélique, les 30 dernières minutes du film, est documentée depuis 15 ans. C’est ce qu’on appellera pudiquement “la crise irakienne”. Six-cent mille vie détruites, des millions bouleversées, et zéro arme de destruction massive trouvée – l’objectif qui avait motivé ce qui reste comme la “croisade” du président Bush Jr. Le peuple américain lui aussi a pris cher, en sacrifiant de jeunes soldats, et quelques unes de ses libertés fondamentales via le Patriot Act. Autant dire que ce furent des années de ténèbres pour la planète, y compris pour nous par ricochets, une véritable nuit américaine, une nox americana.

Au terme des deux heures intenses de Vice, le personnage de Cheney continue d’échapper au jugement des hommes et des spectateurs. Ni le pouvoir, ni l’argent ne semblent être ses motivations. Peut-être l’animal est mû par un instinct de survie absolu qui, de 2001 à 2009, a fait de lui le prédateur apex, le carnassier le plus haut placé dans la chaîne alimentaire – mondiale.

Vice. Scénario et réalisation : Adam McKay. Etats-Unis, 2018. Sortie française : 13 février 2019.