Spree : asocial media

Un jeune homme avide de reconnaissance se lance dans le transport-assassinat de personnes pour faire le buzz.

Issu d’une famille dysfonctionnelle, le jeune Kurt est obsédé par les réseaux sociaux. Bobby, le gamin qu’il gardait quand il était petit est plus connu que lui qui doit se contenter de travailler pour une application de VTC. Le voilà donc en train de courir après la notoriété d’un adolescent de 10 ans son cadet. Il décide d’assassiner ses clients en les filmant avec de multiples GoPro disséminées dans l’habitacle de sa voiture, pour sa nouvelle série intitulée “La leçon”. Non seulement son audience ne décolle pas, mais en plus ses spectateurs pensent que tout est faux…

Vu au dernier Festival de l’Etrange, Spree est filmé sur le mode du found footage, c’est à dire qu’il est composé d’images vidéos extraites des caméras embarquées par le protagoniste dans son véhicule, et éventuellement celles de son téléphone portable et des caméras de surveillance. Car Spree se veut réaliste et sa conclusion dépend de cette forme. Ce réalisme nous entraîne au vif de cette “fête” (spree) du meurtre, notre héros enchaînant les clients comme les cadavres. Même si certains des comédiens sont connus (il y a notamment David Arquette) on finit par y croire. Les auteurs du film se sont inspirés des méthodes des vrais influenceurs qui, même s’ils ne poussent pas leur pratique jusqu’à l’assassinat, sont prêts à tout pour récolter des likes et des vues. S’il choisit ses victimes selon des critères qui pourraient emporter l’adhésion, le spectateur reste foncièrement contre ce programme. Contre, mais pourtant, on s’attache à Kurt. Pas parce qu’il supprime littéralement des clients superficiels ou infects mais parce qu’il souffre. Le film est porté par son jeune acteur, Joe Kerry qu’on a vu dans Stranger Things. La multiplication des points de vue-caméras ne perturbe en rien la narration et vient au contraire nourrir la critique du social media. Malgré toutes ses GoPros, l’infortuné protagoniste n’arrive pas à retenir l’attention de l’audience et c’est ce qui fait de lui un descendant direct du Rupert Pumpkin du King of Comedy de Scorsese qui lui aussi était en mal de notoriété. 

Spree. Scénario : Eugene Kotlyarenko, Gene McHugh. Réalisation : Eugene Kotlyarenko. Interprétation : Joe Keery, Sasheer Zamata, David Arquette. Etats-Unis, 2020.

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