Noura rêve : éprise en étau

Une femme essaie de divorcer d’un mari possessif et dangereux tout en protégeant une relation adultère.

Noura et Lassaad s’embrassent tendrement dans hall d’un immeuble à l’abri des regards. Encore cinq jours et Noura divorcera de Jamel, un voleur de rues. Celui-ci est relâché plus tôt que prévu. Tout se complique alors pour les deux amants, mais surtout pour Noura qui doit protéger ses enfants, sa réputation. Et si leur relation est découverte, elle risque la prison pour adultère.

Ce hall où quelques carrés de lumière détachent la silhouette des deux amants dit déjà beaucoup sur l’entièreté du film. Il s’agit d’une histoire d’amour contrariée, un amour qui doit se vivre à l’abri du regard de la société tunisienne. La réalisatrice Hinde Boujemaa, dont c’est le premier long-métrage de fiction, dessine un beau portrait de femme. La comédienne Hend Sabri, dite “la Julia Roberts du Nile”, superstar du monde arabe joue ici une ouvrière en tablier rose et sans maquillage. La ville, Tunis, elle aussi est filmée sans maquillage touristique, comme si ces quartiers étaient abandonnés aux habitants. L’Etat se manifeste pourtant trois fois : via une assistante juridique, une escouade de flics en civils et puis un commissaire véreux. Il faut rappeler que ce pays se relève à peine de 25 ans d’une dictature caractérisée par une société de la surveillance et de la violence policière. Alors pour survivre, les personnages sont obligés de mentir.

Hinde Boujemaa a appris le cinéma par l’observation des réalisateurs avec lesquels elle a travaillé comme maquilleuse. Avec Noura rêve, elle met à jour le regard occidental sur la femme arabe. “Dans ce regard on a l’impression que toutes les femmes sont impuissantes face à ce qui leur arrive ou se laissent dominer. Or ce n’est pas le cas. Oui, on a des lois qui briment les hommes et les femmes. Mais on a aussi des femmes de caractère, des battantes, des lionnes. Et aussi c’est une société matriarcale” nous explique la cinéaste. Pour les besoins d’un documentaire, Boujemaa a passé plus d’une année avec une femme de ces quartiers populaires montrés dans le film. Il subsiste de cette expérience une viscéralité visible jusque dans le jeu de la comédienne principale. Les rôles masculins sont traités à égalité, c’est à dire qu’ils sont peints avec la même finesse que l’héroïne. Sujet tabou et verbe cru, Noura rêve pourrait susciter de saines polémiques dans les pays maghrébins, mais n’oublie pas d’être tout simplement un très beau film.

Noura rêve. Scénario de Hinde Boujemaa et Laurent Brandenbourger. Réalisation : Hinde Boujemaa. Belgique-France-Tunisie, 2019.

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