Mank : Hulk dans un coin

Le très attendu dernier film de David Fincher est un (très beau) pétard mouillé.

Certes l’image, le son, les acteurs sont somptueux dans ce Mank. Mais la sophistication de l’ensemble étouffe totalement le récit. L’histoire est celle de la genèse du scénario du fameux Citizen Kane dont la paternité est partagée avec Orson Welles. Alors que c’est « Mank », l’auteur alcoolique Joseph Mankiewicz qui a tout dicté à sa secrétaire. C’est l’accouchement compliqué d’un scénario compliqué raconté de manière compliquée.

David Fincher réalise un rêve à travers ce Mank qui est, malgré sa faiblesse narrative, un événement à plus d’un titre. D’abord c’est son propre père qui est l’auteur du scénario. Fincher fils a essayé de le produire dans les années 90 mais le traitement en noir et blanc a rebuté les investisseurs. Ensuite, Mank est “le nouveau” Fincher, un film qu’on attendait depuis Gone Girl, depuis six ans. Le talent du réalisateur de Seven, Zodiac et aussi Alien 3, n’est plus à prouver. Il fait partie des réalisateurs qui comptent dans l’industrie, capable de succès à la fois publics et critiques donc financiers. Et pourtant, David Fincher tourne le dos au cinéma en choisissant Netflix, le petit écran, pour diffuser son dernier film. C’est paradoxal car Mank est un hommage à la toile argentique et à la pellicule, celles des années 30, d’avant l’invention de la télévision. Le formalisme est ici poussé jusqu’au fétichisme, le réalisateur allant jusqu’à reproduire les brûlures de cigarettes qui servaient aux projectionnistes à indiquer les changements de bobines. Il ne manque plus que le débit et la manière de jouer de l’époque et l’objet aurait été une copie conforme d’un film noir complexe dans lequel ce n’est pas un meurtre qui est commis mais un scénario. Les multiples flashbacks n’aident pas à la lisibilité d’un film où les personnages secondaires, mais importants, foisonnent. On peut comprendre que des spectateurs, et ce malgré la taille de leur écran, se laissent emporter dans cette farandole en noir et blanc. Nous, on attendra le prochain nouveau Fincher.

Mank. Scénario : Jack Fincher. Réalisation : David Fincher. Interprétation : Gary Oldman, Amanda Seyfried, Lily Collins. Etats-Unis, 2020. 

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