Malveillance : suspens à l’ancienne

Jaume Balagueró, auteur du fameux [Rec], raconte que le mal est plus terrifiant lorsqu’il se présente sous un visage bienveillant et quotidien. Avec Malveillance, l’espagnol a offert au public un des derniers thrillers à la Hitchcock des années 2010.

Jaume Balagueró, auteur du fameux [Rec], raconte que le mal est plus terrifiant lorsqu’il se présente sous un visage bienveillant et quotidien. Avec Malveillance, l’espagnol a offert au public un des derniers thrillers à la Hitchcock des années 2010.

César est le concierge banal d’un immeuble barcelonais banal. Sauf que ce quadra à la calvitie avancée se nourrit du malheur des autres. Les autres, ce sont les locataires de l’immeuble, dont il possède le double des clés. La nuit, sa perversité s’exprime dans les grandes largeurs. Et ce qui le rend particulièrement heureux, c’est le projet d’effacer le sourire radieux de la jeune et belle Clara. Le spectateur assiste alors à un jeu malsain sans jamais pouvoir porter secours aux victimes du concierge. Car Balagueró nous fait vivre la chose depuis une caméra subjective placée en quelque sorte à l’intérieur même de l’esprit dérangé de César. Notre sens de la justice en prend un coup : bien sûr qu’on voudrait que ça s’arrête, mais en même temps, on ressent de la peur à chaque fois que la police le frôle, et de la jubilation lorsqu’elle s’éloigne de lui.

Malveillance est une angoissante et intéressante alternative au cinéma de masse américain au lien d’en être une réplique servile. La Locataire,avec Hilary Swank, sorti en vidéo presque en même temps, présente de troublantes similitudes avec ce thriller espagnol, mais cède aussi à toutes les facilités du thriller américain grand public mondial. Dans le cours particulier que le maître d’un genre qu’on appelait “suspens” dispensa à Truffaut (1), Hitchcock décrit dans quelles circonstances le public peut-être amené à trembler pour un personnage mauvais. Il suffit de mettre le méchant dans une situation de danger, et l’affaire est dans le sac. Pendant tout le film, César risque plusieurs fois d’être découvert, il est même dénoncé par une fillette, qui se taira d’abord par perversion, elle aussi, puis sous la menace. Jamais on n’avait vu au cinéma une telle violence psychologique infligée à un enfant. Pour porter cette scène assez lourde et tout le reste du film, il fallait les épaules d’un comédien particulièrement convaincant et charismatique, en occurrence Luis Tosar. Inconnu en France, il est à l’image de ce cinéma espagnol qui de Balagueró à La Iglesias se fait entendre et voir bien au-delà de ses frontières, grâce à sa personnalité (2).

On est en droit de se demander si Balagueró n’est pas lui-même César, le concierge, tant il semble le connaître bien. Il a compris quelles étaient les frustrations, les peurs et les angoisses du public et où elles dorment : dans le quotidien, surtout. On peut refuser de lui donner nos clés psychologiques, mais ce salaud de Balagueró/César en possède déjà un double.

Malveillance, scénario de Alberto Marini, réalisation de Jaume Balagueró, avec Luis Tosar, Marta Etura, Alberto San Juan. Espagne, 2011. Sortie le 28 décembre 2011.

(1) Le cinéma selon Hitchcock par François Truffaut, ed. Robert Laffont, 1966

(2) Alberto Marini, scénariste de Malveillance et producteur exécutif de [Rec], est italien.

Bande-annonce et entretien avec le réalisateur, par Annick Mahnert pour FCH :