Les hics de Hitchcock

Le suspens est levé sur le biopic Hitchcock : c’est un navet. Il faudra se rabattre sur un téléfilm racontant la relation sadique entre le réalisateur et l’actrice Tippi Hedren.

A gauche : Anthony Hopkins pour Hitchcock. A droite : Toby Jones pour The Girl. Fight !
A gauche : Anthony Hopkins pour Hitchcock. A droite : Toby Jones pour The Girl. Fight !

Le suspens est levé sur le biopic Hitchcock : c’est un navet. Il faudra se rabattre sur un téléfilm racontant la relation sadique entre le réalisateur et l’actrice Tippi Hedren.

Juger un film par sa couverture c’est mal. L’affiche de Hitchcock annonce pourtant la couleur d’une comédie romantique fadasse. Le challenge était énorme, faire revivre le maître du suspense le temps du making-of de Psychose (1960), et le résultat est un échec. Malgré le casting et un réalisateur au talent confirmé, le film sonne faux, comme un ensemble de musiciens qui ne jouent pas au même diapason.

Anthony Hopkins essaie d’exister sous la prothèse et le maquillage de son personnage : faux. Helen Mirren, trois fois plus grande qu’Alma Hitchcock qui était un petit bout de femme : faux. Les rôles secondaires : faux. La photographie numérique et proprette : faux. Dany Elfman compose du Dany Elfman sur un film qui n’est pas de Tim Burton : faux.  Il y a pourtant quelque chose d’une farce monstrueuse, un conte macabre sur la difformité qui rappelle Burton. Hopkins joue la partition de pingouin de Dany De Vito dans Batman, sans doute la démarche et cette prothèse qui semble envahir tout l’écran. On reste indifférent aux enjeux dramatiques, aux situations, comme devant un scary movie parodique. Malgré deux ou trois « bons » moments, Hitchcock ne parvient pas à être un divertissement de qualité, ni un film biographique intéressant. Les chiffres du box-office outre-atlantique annoncent d’ailleurs une désaffection du public pour le second long-métrage de Sacha Gervasi.

Pas de répit pour Tippi

Si vous avez également l’opportunité de visionner The Girl, un téléfilm produit par HBO et la BBC, vous serez sans doute  frappés par le contraste avec le précédent. Incarné cette fois par Toby Jones (Berberian Sound Studio), le maître n’est décrit que par ses aspérités. La blondeur lumineuse de Tippi Hedren (Sienna Miller parfaite) contraste avec la noirceur des desseins libidineux du réalisateur. Ce biopic là est inspiré des ouvrages de Donald Spoto, biographe hollywoodien, qui avant de descendre  le maître à titre posthume, l’avait encensé de son vivant. Il s’agit bien d’une descente dans The Girl. Descente aux enfers pour Tippi Hedren qui va subir les avances et la vengeance d’Hitchcock pendant le tournage des Oiseaux (1963) et Pas de printemps pour Marnie (1964). Descente pour Hitchcock, qui rétrograde au rang du vulgaire réalisateur désireux de coucher avec son actrice principale, puis harceleur de base.   

Entre The Girl et Hitchcock, il y a un gouffre spectaculaire. L’un décrit Hitchcock comme un homme sec, sinistre et malfaisant,  l’autre comme un être torturé mais capable d’un humour et d’un amour fulgurants. On espère que chacun des films se termine rapidement : l’un pour être soulagé de sa lourdeur, l’autre pour être soulagé du calvaire du personnage féminin. Entre les deux interprétations du même homme historique, quelle est la bonne ? En décembre 2012, Hedren raconte au Huffington Post l’obsession maladive du metteur en scène. Dans ce biopic dont elle est la vraie héroïne il est donné d’elle l’image d’une femme combative, capable de fixer des limites au prix de sa propre carrière. Ce qui fait d’elle un exemple pour toutes les femmes aujourd’hui victimes de harcèlement. Le « côte sombre, horrible » d’Hitchcock, qu’il donne à voir dans ses films c’est justement ce que l’industrie du cinéma lui doit et pour lequel elle tient à lui rendre hommage. Hedren a été « capable de séparer l’homme de l’artiste » et d’assister à ses funérailles en 1980.

Sur le plan purement cinématographique. Hitchcock, le film, ou plutôt les films, restent à faire. Inspirés de faits réels ou légendaires ils devront au moins répondre à la définition du spectacle selon le maître, rapportée par François Truffaut :  « la vie est ennuyeuse, le spectacle doit effacer les taches d’ennui et être fascinant d’un bout à l’autre ». Comme la blondeur de La Fille.

Hitchcock, de Sacha Gervasi, scénario de John J. Mc Laughlin, d’après Stephen Rebello, avec Anthony Hopkins, Helen Mirren, Scarlett Johansson . Etats-Unis. 2012.

The Girl, de Julian Jarrold, scénario deGwyneth Hughes, d’après Donald Spoto, avec Toby Jones, Sienna Miller, Imelda Staunton. Etats-Unis/Grande-Bretagne/Afrique du Sud. 2012.

Les films sur la vie d'Alfred Hitchcock restent à faire : Alfred, Alma et Patricia Hitchcock en 1939 à Los Angeles (photo : Peter Stackpole).
Les films sur la vie d’Alfred Hitchcock restent à faire : Alfred, Alma et Patricia Hitchcock en 1939 à Los Angeles (photo : Peter Stackpole).

 

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