La Neuvième configuration : le dieu des fous

Si Dieu n’existe pas alors les astronautes sont vraiment seuls là haut. Et nous de même ici-bas.

Le colonel Kane, un vétéran de la guerre du Vietnam, prend ses fonctions de directeur d’un hôpital psychiatrique aménagé dans un château. Il y pratique une médecine new age : chaque patient est encouragé à vivre ses fantasmes et ses hallucinations, quitte à gommer les frontières entre malades et personnel soignant. Entre deux délires (un pensionnaire veut adapter Shakespeare avec des chiens, un autre est persuadé de pouvoir traverser les murs) Kane est confronté au capitaine Cutshaw, un astronaute qui a saboté un vol vers la lune dans une crise d’hystérie possiblement feinte. Ce dernier redoute rien moins que l’absence de Dieu et le triomphe du mal sur terre. Kane essaie de le convaincre que le bien accompli par les hommes est aussi une manifestation de l’existence de Dieu. Qui a raison ? Et si Kane, à force d’essayer de guérir les autres avait négligé de se soigner lui-même ?

La Neuvième configuration possède le goût des métrages rares passés sous les radars parce que leur promotion ou leur conservation ont été mal assurées au fil des années. Ecrit et réalisé par William Peter Blatty à l’aube des années 80, ce film mérite de nous attarder sur cette autre oeuvre de l’auteur de L’exorciste. On l’approche sous l’influence de la réputation de l’écrivain-cinéaste, comme un film d’horreur ou fantastique. Or il n’en est rien. La Neuvième configuration pratique un humour burlesque à la limite de Mel Brooks (en fait, à la limite de Blake Edwards pour lequel Blatty signa le scénario de L’inspecteur s’en mêle). Il demande aussi de la patience pour que l’ensemble des tableaux brossés prenne un sens. On regrettera peut-être une vision folklorique, voire romantique, du traumatisme de guerre et de la folie. Mais c’est pour servir le propos général sur l’existence ou la non-existence de Dieu, le vrai sujet du film. Au milieu de tout cela, il y a l’interprétation charnelle de Stacy Keach, ici bien avant qu’on ne l’enferme dans la peau du détective privé Mike Hammer dans la série éponyme. L’acteur jeune à l’époque donne le meilleur de lui-même à un personnage littéralement à vif.

La Neuvième configuration. Scénario et réalisation : William Peter Blatty. Etats-Unis, 1980.

A LIRE AUSSI : La guerre un peu, beaucoup, à la folie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.