Drunk : le foie des hommes

Où il est question d’alcool et de crise de la quarantaine chez des sujets masculins. Un film en forme d’ode à la vie et à la jeunesse – perdue.

Un quatuor de profs tente une expérience psychologique et sociale : s’imbiber d’alcool avant 20h chaque jour de la semaine et observer les effets à court terme. Car selon une théorie fumeuse, il manque à l’être humain 0,5 g d’alcool par litre de sang pour fonctionner normalement et ainsi être plus ouvert, plus gai. Pour rendre la vie meilleure. Une idée séduisante mais non dénuée de conséquences une fois appliquée. Les quatre hommes voient leur petit univers changer, parfois en bien, parfois en mal. L’alcool, c’est connu, quand il ne fait pas mal à la tête et ne donne pas envie de vomir, laisse toujours un goût amer dans la bouche.

On se souvient de Thomas Vinterberg en jeune réalisateur membre fondateur du Dogma 95 qui dans les années 90 revendiquait une esthétique à l’opposée de l’industrie hollywoodienne, ou de l’industrie tout court. Mais pas seulement. “La prévisibilité dramaturgique est devenue le veau d’or autour duquel nous dansons” énonce le manifeste de Dogma 95. Ses derniers films se sont pourtant révélés plus conventionnels que son inoubliable Festen. La provocation une erreur de jeunesse ? Avec Drunk, il renoue (un peu) avec ses racines cinématographiques de par son sujet, beaucoup moins par sa réalisation faussement désinvolte. La caméra n’est plus tenue au poing mais, rarement posée sur trépied, elle tangue, au rythme des délires éthyliques et existentialistes des protagonistes. “Tout le monde boit au Danemark, ce n’est pas le problème” déclare l’épouse de l’un d’eux. Et pas seulement au Danemark, pas seulement en 2020. Churchill, Kennedy, Brejnev, Elstine, Clinton, Sarkozy buvaient, ont bu, ou boivent. Les lignes qui séparent l’expérimentation et l’alcoolisme, la tragédie et la comédie, la jeunesse et l’âge mûr, deviennent de plus en plus floue à mesure que l’histoire avance vers une conclusion incertaine. Ce qui est certain en revanche c’est que Drunk n’est pas une leçon de morale, ni même une apologie de l’alcool. C’est surtout un conte masculin sur des personnages, notamment celui joué avec une grande sensibilité par Mads Mikkelsen, qui ont vécu toute leur vie d’adulte avec modération, avant, enfin, de se redécouvrir dans une forme de réjuvénation douce-amère.

Drunk. Scénario : Tobias Lindholm, Thomas Vinterberg. Réalisation : Thomas Vinterberg. Interprétation : Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Magnus Millan. Danemark, 2020.

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