Huitième Prix U2C de la musique à l’image : distribution de bonnes notes

Le public debout pour rendre hommage à Jean-Claude Petit. Photo : Florent Pervillé.

J’adore les mondanités. Accessoirement, j’aime bien le cinéma. Et la musique. Alors je n’ai pas pu résister à l’invitation de l’Union des compositrices et des compositeurs de musique pour l’image à célébrer les huitièmes Prix U2C. À la Cinémathèque de Paris.

L’U2C est en fait un syndicat professionnel qui représente et défend les droits et la diversité des créateurs et créatrices auprès des pouvoirs publics comme le Ministère de la Culture et des instances bizarres comme la Sacem, la SCPP, la Spedidam et le CNC, et plus généralement contre tous ceux qui leur veulent du mal. La salle Henri Langlois de la cinémathèque est clairsemée comme le crâne d’un quarantenaire alopécique (mais beaucoup moins que celui de la femme de Will Smith), maybe à cause du mondial de foot qui oppose à la même heure la France à l’Irak. Parmi les talents en lice, il y a Erwann Chandon pour le long métrage Natacha (presque) hôtesse de l’air, que je n’ai pas vu, et Olivier Derivière pour son travail sur le jeu vidéo South of Midnight auquel je n’ai pas joué. En vérité, seuls les nominés dans la catégorie Partition Internationale me sont familiers. Tels que Ludwig Göransson pour Sinners (mais que tout le monde connaît pour le superbe générique de la série The Mandalorian) ou Alan Silvestri qui a accompagné les films de Robert Zemeckis mais aussi la comédie Par où t’es rentré ? On t’a pas vu sortir de Philippe Clair, qui met en scène deux géants de l’humour du 20e siècle, Jerry Lewis et Marthe Villalonga.

Le collectif Troisième Autrice. Photo : Florent Pervillé.

C’est Vincent Perrot, que je n’avais pas revu depuis que j’ai jeté mon téléviseur il y a plus de 25 ans, qui a animé la soirée avec sa bonne humeur de jeune homme presque éternel. Jonny Greenwood a reçu le Prix de la Partition Internationale pour Une bataille après l’autre, mais il n’est pas venu le chercher car il habite trop loin. Le prix du Long Métrage Fiction a été attribué à Laetitia Pansanel-Garric pour Holà Frida » (de Karine Vézina et André Kadi) ainsi qu’à Pascal le Pennec pour Slocum et moi (de Jean-François Laguionie). Dans la catégorie Court Métrage, Jean-Michel Zanetti a été récompensé pour Carcassonne-Acapulco (de Marjorie Caup et Olivier Heraud). Julien Bellanger s’est illustré en Unitaire TV pour Prisonnière (de Valentin Vincent), tandis que Mathieu Alvado a été distingué pour la Série Astérix et Obélix : le Combat des Chefs (d’Alain Chabat). Pour la Publicité, Paul-Marie Barbier et Julien Grunberg ont gagné pour Monnaie de Paris Super héros (de Vincent Gibaud), et Olivier Militon a reçu le prix du Documentaire pour Hiroshima la course vers l’apocalypse (de David Korn-Brzoza). Clémence Ducreux a été désignée Jeune Talent pour Classe moyenne (d’Antony Cordier) et le prix du Jeu Vidéo est revenu à Lorien Testard et Alice Duport-Percier pour Clair obscur : Expedition n°33 (de Guillaume Broche). Le Prix Coup de Cœur a été décerné à Troisième Autrice, un collectif de “compositrices·x de musique à l’image professionnel.le.x.s, femmes, trans, gender fluid, non-binaires, minorisé·es dans leurs expressions de genre, francophones et/ou travaillant en France”. Personne ne s’est indigné de cette intrusion wokiste dans le temple du cinéma hétéronormatif mais je suis certain à 5 % qu’elle a poussé une partie du public à voter RN en 2027 pour protéger la civilisation occidentale de ce fléau que combat courageusement M. Trump dans son pays. En tant qu’homme blanc-hâlé cisgenre hétéro de plus de 50 ans, je préfère vivre avec mon temps. Mais en tant qu’auteur de texte, je suis obligé de reconnaître que l’écriture inclusive complique la lecture pour certains publics, et quand elle est parlée elle est encore plus un instrument d’exclusion. Dans tous les cas, je suis de tout cœur avec vous les filles. Ou plutôt, je suis de tout cœur avec vous, les personnes.

Philippe Lacheau, Maxime Desprez, Michael Tordjman et Tarek Boudali. Photo : Florent Pervillé.

Le Prix Tandem a été décerné à un quatuor formé par le compositeur Michael Tordjman et le réalisateur Philippe Lacheau, et le compositeur Maxime Desprez associé au réalisateur Tarek Boudali. “La bande à Fifi » ne m’a jamais fait rire. Ni du temps du Grand Journal, ni au cinéma. Mais ce soir j’ai trouvé leurs blagues sympathiques. Et enfin, un hommage a été rendu à Jean-Claude Petit dont l’œuvre a traversé plusieurs générations de spectateurs et d’auditeurs sans qu’ils aient connaissance de son nom, au contraire de son cadet, Alexandre Desplat qui est une célébrité même et surtout à l’étranger. Alors on lui a offert une standing ovation. La carrière de Petit est immense. Au cinéma elle commence avec Tusk (1980) d’Alejandro Jodorowsky (qui lui rachète une bande électro composée avant le film), passe par le générique de l’émission télé Champs-Elysées (1982), puis enchaîne sur Manon des sources, Cyrano de Bergerac et par un tas d’autres films et téléfilms. On l’a vu grimper et redescendre les marches de la scène avec la prudence d’un homme de 82 ans. Merci Jean-Claude.

Elisabeth Anscutter et Jean-Claude Petit. Photo : Florent Pervillé.

Côté mondanités, car je ne me suis déplacé que pour ça, les petits fours et le vin étaient corrects. Je n’ai pas goûté au champagne car je ne mélange pas, c’est une question d’éducation et de digestion. J’ai abordé une jeune femme au prétexte qu’elle ressemblait à un personnage de Tim Burton dans un film d’Henry Selick : L’Etrange Noël de Mister Jack. J’ai précisé que c’était un compliment. Une chercheuse en cryptologie. Alors on a parlé intelligence artificielle et musique jusqu’à ce que son compagnon nous rejoigne, un jeune compositeur de 34 ans qui ressemble à Tim Burton. La nature est bien faite. Clément Busy, c’est son nom, était nominé pour la musique d’un thriller TV dont le sujet et le casting m’arrachent un sourire narquois. Terre battue se déroule dans le milieu du tennis avec dans un rôle principal Yannick Noah. La Charte internationale de l’intellectuel de gauche (dont je suis le seul rédacteur et signataire) m’interdit d’exprimer du mépris pour la culture populaire. Aussi, je vais regarder ce téléfilm en replay. Puis la productrice de Clément, Anne Marie David a rejoint notre trio. Nous avons parlé d’IA à nouveau, et de Jesus Christ Superstar. Tandis que j’évoquais le film de Norwan Jewison, elle évoquait la comédie musicale. Cette discussion pourrait se développer dans un entretien à paraître sur motionXmedia.

Tandis que l’heure des derniers métros approchait, j’ai demandé au personnel derrière les coupes de champagne si leur employeur leur payait le taxi. On m’a répondu “malheureusement non, ça fait partie de nos demandes”. Voilà des gens qui ont eux aussi besoin d’un syndicat pour défendre des droits élémentaires, comme celui de rentrer chez soi en sécurité après une certaine heure. À quand un Prix du prestataire de petits fours éthique ? Quant au résultat du match France-Irak : j’en ai rien à foutre.

Merci à Katy Borie, déléguée générale de l’U2C.


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