Get Out : l’Amérique d’Obama côté sombre

Un thriller décevant qui aurait pourtant « idéalement » accompagné les soubresauts du mouvement Black Lives Matter.

Chris et Rose s’aiment depuis quelques mois. C’est le bon moment pour Rose de présenter son petit ami à ses parents, des riches bourgeois qui auraient bien voté Obama une troisième fois. Alors quand Chris demande « est-ce qu’ils savent que je suis Noir ? » (« black » dans la version française), Rose répond avec légèreté « non, ils devraient ? ». On ne peut imaginer une famille plus ouverte que celle de Rose. Mais quand Chris est accueilli, à bras ouverts, chez les Williams, il n’est pas tout à fait à son aise. Son œil aguerri de photographe (de talent, ce qui le fait sortir du cliché du Noir sportif ou dansant) remarque que le personnel de maison est de la même couleur de peau que lui. La garden party du lendemain lui paraît encore plus étrange car tous les invités sont « caucasiens », à part un jeune homme qu’il appelle « frère » mais qui ne semble être qu’un escort-boy loué pour ses qualités physiques et sa docilité. Chris bascule lorsque sa « belle-mère » (Catherine Keener, inoubliable dans Dans la peau de John Malkovitch) le soumet à une séance d’hypno-thérapie, lui ôtant son addiction au tabac. Et une partie de son libre-arbitre. Sans compter l’attitude bizarroïde du frère de Rose, joué par l’inquiétant Caleb Landry Jones (Antiviral, 2013). Alors on a envie, dès les vingt premières minutes, de crier au héros comme le titre du film : « barre-toi ! ».

Black Lives Matter est le nom du mouvement né après une multitude de bavures impliquant des policiers blancs et des citoyens afro-américains souvent jeunes, innocents et désarmés. En 1991, sous la présidence de Bush Sr., Rodney King, un automobiliste noir est passé à tabac par des policiers blancs. La scène est filmée par un vidéaste amateur et fera le tour du monde. L’acquittement des policiers déclenche des émeutes à Los Angeles qui se soldent par une une soixantaine de morts. Le double-mandat d’Obama a donné l’impression que la situation a empiré. Parce que depuis 2008, les smartphones ont fait de chaque américain un vidéaste amateur et un témoin en puissance. Il y a eu l’affaire Michael Brown, l’affaire Trayvon Martin, et bien d’autres « affaires ». Aussi, on attendait beaucoup, trop, de ce film de Jordan Peele (qui fut interprète d’Obama dans une série mineure), un des rares réalisateurs « black » d’Hollywood. Il cherche à dénoncer l’hypocrisie des classes supérieures blanches et leur racisme bienveillant. Or, il affaiblit son récit deux fois. Une première fois avec un personnage secondaire qui essaie de tirer le héros du piège dans lequel il est tombé. La seconde fois, c’est tout son film qui hésite entre le genre thriller et l’horreur-fantastique, amenuisant, au lieu de le renforcer, son message politique vital.

Get Out. Scénario et réalisation : Jordan Peele. Interprétation : Daniel Kaluuya, Allison Williams, Bradley Whitford. Photographie : Toby Oliver. Montage : Gregory Plotkin. Musique : Michael Abels. Etats-Unis, 2017. Sortie française le 3 mai 2017.

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