Que la farce soit avec vous

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La première déclinaison en dessin animé de l’univers Star Wars : plus jamais ça.

Pour saluer indignement la sortie de la version relief de l’épisode le plus plat de la saga Star Wars (La Menace Fantôme), voici le film que George Lucas et Harrison Ford voudraient bien oublier. Et vous aussi, quand vous l’aurez vu.

Star Wars Holiday Special a été diffusé une seule fois en France par TF1 en 1979, et une seule fois également dans son pays d’origine en 1978. Et puis après, plus rien. Cette Guerre des étoiles de Noël n’est pas éditée en vhs, et encore moins en DVD. George Lucas doit s’en vouloir d’avoir confié aveuglément la réalisation à Steve Binder, un spécialiste de la comédie musicale et de variétés télé. Sans doute La Guerre des Etoiles n’était pas l’objet d’un culte comme aujourd’hui, aussi les auteurs ne savaient pas qu’ils commettaient un crime de lèse-majesté… ou peut-être avaient-ils juste fait ce pour quoi ils avaient été embauchés. Parmi les scénaristes de ce spécial noël, il y a par exemple Pat Proft qui allait devenir une des plumes de Police Academy et Bruce Vilanch qui va écrire jusqu’en 2010 la plupart des bons mots de la cérémonie des Oscars. Tous sont des professionnels aguerris, mais leur clientèle habituelle était composée de gens comme Bette Midler, Cher, Olivia Newton John, Chevy Chase… Rien à voir avec Darth Vador, Luke Skywalker et Han Solo.

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Lumpy, fils de Chewbacca, était promis à un grand avenir de jouet pour enfant. Fail.

George Lucas a rayé son nom du générique, et le film de son CV, et voudrait bien détruire toutes les copies « avec une masse« . Sauf que depuis l’internet, la notion de copie n’a plus aucun sens. Trente-cinq ans plus tard, les images continuent d’embarrasser Harrison Ford qui regrette au moins une scène, celle où il confesse à Malla, Lumpy et Itchy (respectivement femme, fils et père de Chewbacca), « Vous êtes comme une famille pour moi« . Carrie Fisher qui pousse la chansonnette à la fin, prend la chose avec humour. A un journaliste du New York Times, elle a déclaré avoir négocié une copie du film en échange de sa participation à l’enregistrement des commentaires d’une édition DVD de la trilogie. Et la Princesse Leïa d’ajouter : « je le mets dans mes soirées quand je veux faire comprendre aux invités que c’est le moment de rentrer chez eux« . Royale.

Malgré le ratage artistique quasi-complet de Au temps de la Guerre des Etoiles (titre français de cet épisode spécial noël), sa rareté, son incongruité et la présence du casting original (dont James Earl Jones, crédité pour la première fois en tant que voix de Vador), et l’horrible séquence animée du milieu, rendent l’oeuvre digne de rentrer dans notre cabinet de curiosités (en particulier la version diffusée à la télé américaine, comprenant les coupures publicité de l’époque – màj : le lien a été déplacé et ne contient plus les publicités). Ce ne sera pourtant pas la première entorse à l’intégrité créative de l’univers du producteur-auteur-démiurge George Lucas. On pense à la série de films et dessins animés consacrés aux Ewoks, ces créatures de petite taille dont la mission était non pas d’aider la rébellion à battre l’Empire, mais d’aider Lucas à construire le sien en vendant toujours plus de jouets et de produits dérivés aux enfants américains, canadiens, français, danois, polonais, sud-africains, etc. Lorsqu’il lance la nouvelle trilogie en 1999, Lucas multiplie les partenariats commerciaux, avec les marques de malbouffe les plus connues, et y compris les loteries locales comme la Francaise des Jeux, bradant le rêve et les héros d’une génération aux plus offrants. Il fallait bien ça pour financer l’infinie fuite en avant technologique de cette nouvelle industrie du film que lui, Spielberg, Cameron (Terminator, Avatar) et Zemeckis (Retour vers le futur, Beowulf) ont crée en 20 ans.

"Un jour mon prince viendraaaa"...
« Un jour mon prrrince viendraaaa »…

Cette mésaventure, la première à la télévision, justifie à elle seule le contrôle total que va exercer Lucas sur la suite de son grand projet. Mais peut-être a t-il oublié de se contrôler lui-même. Car cette Menace fantôme qui ressort aujourd’hui sur les écrans français en version 3D est un signe de plus que le jeune rebelle, étudiant en cinéma à l’université de Californie du Sud, a cédé au côté matériel de la Force, on va dire. Il est techniquement impossible de sauver cet « Episode 1 » dont l’intrigue est aussi plate que l’électro-encéphalogramme d’Alec Guiness. Le niveau intellectuel tombe dans les profondeurs habituellement fréquentées par les 5/10 ans, les consommateurs préférés de Dark Lucas. Un film déjà rentabilisé par sa première sortie et les moults versions DVD et Blu-ray, et qui n’aura pas coûté trop cher à re-fabriquer puisque la conversion 3D est un procédé peu onéreux (par rapport à un tournage en stéréo) et réputé de mauvaise qualité. Infantilisant, racoleur, parfois grotesque, quasi-raciste, comme écrit et réalisé par un ordinateur (et non avec un ordinateur), La Menace fantôme renvoie fans et spectateurs Au temps de la guerre des étoiles, spécial Noël. Ni là, ni ailleurs, on ne retrouve grand chose de l’esprit de révolte que Lucas révéla dans THX 1138, pamphlet de fin d’études à charge contre la société de consommation et la déshumanisation infligées par un Empire bien réel. Mais c’était il y a très longtemps, dans une galaxie qui s’éloigne de plus en plus de nous.

N.B. : parce que le visionnage de cet inédit est tout simplement insupportable, nous invitons nos lecteurs à consulter sa version abrégée d’une durée de 5 minutes.

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