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Satoshi Kon, l’illusionniste : au-delà du réel

Un documentaire français revient sur l’étoile filante Satoshi Kon, qui laisse derrière lui quatre longs-métrages d’animation inoubliables.

« L’art de la mise en scène de Satoshi Kon n’a pas d’équivalent dans l’histoire de l’animation. De son obsession du réalisme à son art du découpage, en passant par sa virtuosité de monteur, Kon a rebattu les cartes d’un demi-siècle d’animation japonaise, vingt ans après la secousse Ghibli » affirme Pascal-Alex Vincent, réalisateur du documentaire présenté en sélection officielle de Cannes Classics en juillet dernier. Satoshi Kon est mort en 2010 d’un cancer foudroyant à l’âge de 46 ans. Il laisse une œuvre qui a eu et continuera d’avoir une forte influence sur l’anime en particulier, et dans la cinématographie mondiale en général.

La preuve, ils sont tous là pour témoigner : Mamoru Oshii (Ghost in the shell), Mamoru Hosoda (Les Enfants loups), Masao Maruyama (cofondateur en 1971 du studio Madhouse qui a produit les films de Satoshi Kon), pour ne citer que les plus connus. Pour Hosoda « Satoshi Kon a élargi les possibilités de l’animation. Il a créé des films d’animation d’une puissance égale aux films en prise de vues réelles« . De Paris à Tokyo en passant par Londres et Los Angeles, le documentaire nous emmène à la rencontre de ceux qui l’ont connu, travaillé à ses côtés ou emprunté ses idées. Parmi eux, Darren Aronofsky : « Il y avait tant de choses nouvelles dans Perfect Blue, des choses qu’on n’avait vues dans aucun autre type de cinéma. (…) Nous nous sommes rencontrés une première fois au Japon en 1999, puis avons beaucoup correspondu par mail.(…) Je ne le considère pas comme un cinéaste d’animation, mais comme un cinéaste tout court. Au moment de Requiem for a dream, je lui ai écrit pour savoir si je pouvais reprendre une scène de Perfect Blue. Plus tard, en retournant au Japon, nous nous sommes revus, et je lui ai demandé ce qu’il en avait pensé. Il m’a répondu qu’il avait trouvé ça super, et je me suis dit que c’était formidable d’avoir une telle connexion avec lui. »

PAPRIKA (C) Sony Pictures Home Entertainment

Signalons la brièveté du documentaire. Le sujet aurait gagné à être allongé de cinq heures, au moins. D’autant plus que la parole de la plupart des intervenants du film est rare dans l’espace public, comme celle du cinéaste Marc Caro (La cité des enfants perdus) ou encore l’écrivain Yasutaka Tsutsui (Paprika). De la filmographie de Satoshi Kon, il reste quatre longs-métrages d’animation et une série de treize épisodes (Paranoia Agent). Mais également, il nous laisse quelques croquis d’un projet dont il a semé des indices dans Paprika. Et parce qu’elle abolit la frontière entre réalité et fiction et parfois la notion même de temps, son œuvre est inépuisable. Avec Cinemusic Radio.

Satoshi Kon, l’illusionniste. Réalisation : Pascal-Alex Vincent. Image : Gordon Spooner, Toshiyuki Kiyomura. Musique : Théo Chapira. Montage : Clément Selitzki. Son : Hiroki Nakano. Montage son : Xavier Thibault. France/Japon. Date de sortie : 8 juillet 2021 (Festival de Cannes, Sélection Cannes Classics), 21 juillet 2021 (sortie nationale), 4 août 2021 (OCS City).