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La troisième guerre : la der des ders

Un jeune soldat de l’opération Sentinelle patrouille dans les rues de Paris en quête d’action et de sens

Léo vient de finir ses classes. Pour sa première expérience de vie de soldat, il est affecté à l’opération de lutte contre le terrorisme “Sentinelle”. Il fait partie d’un trio de militaires qui patrouille dans Paris. Peu à peu, chacun est gagné à sa manière par le désœuvrement.

Le titre “La Troisième Guerre” fait bien entendu référence à la guerre contre le terrorisme dans laquelle la France est d’avantage engagée depuis les attentats de janvier et de novembre 2015. Mettre en scène une guerre contre un ennemi invisible n’était pas chose facile. Aussi, le combat est intérieur. « Le rapport entre la personnalité d’un individu et le travail qu’il a choisi est une question qui me passionne. Avec ces militaires, j’étais face à un paradoxe : celles et ceux qui deviennent soldats ont choisi ce métier pour se rendre utile à la société; or, en tant que sentinelle, ils se retrouvent désœuvrés » déclare le réalisateur. Nous sommes nous trop habitués à cette situation, à voir des militaires armés patrouiller dans les rues ? C’est l’avis du metteur en scène d’origine italienne Giovanni Aloï, qui voit aussi dans cette guerre « un moyen pour les gouvernements d’entretenir leur pouvoir par la peur« . Le protagoniste de « Troisième Guerre », Léo (interprété par Anthony Bajon), est un jeune provincial issu d’une famille “modeste” et “défaillante”. A Paris, il est confronté à un autre monde qui porte sur lui un regard méfiant et méprisant. “Les soldats sont principalement issus des classes populaires, viennent de la banlieue ou des campagnes, beaucoup sont enfants d’immigrés”. Tous sont venus chercher du sens dans une institution elle aussi en crise. « L’armée véhicule encore l’utopie républicaine d’une intégration sociale par le mérite quel que soit le sexe et l’origine. C’est une alternative aux petits boulots précaires comme le dit Corvard dans le film. Mais la cause nationale, la défense de la patrie étant devenue une valeur dépréciée socialement, il est difficile pour eux d’y croire encore, surtout dans une ville déconnectée de ce qu’ils sont”, ajoute Giovanni Aloï.

A travers ce trio de soldats, le spectateur est amené à modifier son regard sur la banalité du quotidien. Hicham Bentoumi, le personnage joué par Karim Leklou le dit très bien : “le danger peut se cacher n’importe où, dans ce sac oublié sur un quai, ou une fenêtre d’où serait posté un tireur”. La séquence la plus intense du film oblige les personnages à traverser une manifestation houleuse. Pour Léo, cet adulte à visage d’enfant à qui on a confié un fusil-mitrailleur, c’est ce qui ressemble le plus à une ambiance de guerre. Et c’est à ce moment que le film tourne au drame.

La Troisième Guerre (2020). Réalisation : Giovanni Aloï, Andrea Barone. Scénario : Giovanni Aloï, Dominique Baumard, Christian Kühne. Photographie : Martin Rit. Interprétation : Anthony Bajon, Karim Leklou, Leïla Bekhti. Musique : Frédéric Alvarez. Dates de sorties : 26 mai 2021 (Reims Polar), 6 septembre 2021 (Mostra de Venise), 16 septembre 2021 (Italie), 22 septembre 2021 (France).

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