Kaamelott – Premier volet : la légende du roi Astier

En écoutant attentivement la musique originale de ce Kaamelott, on a découvert que deux films très différents cohabitent dans le même métrage. Mais l’auteur-homme-orchestre Alexandre Astier a choisi la comédie.

Nous ne savons pas ce qu’est Kaamelott quand nous rejoignons la longue file d’attente des fans de la série, un jeudi, dans un multiplexe parisien. Un public venu en masse, malgré la mise en place du pass sanitaire la veille, le 21 juillet de l’an de grâce 2021. Nous comptons sur ces jeunes gens pour nous guider dans l’Astierverse, ou “univers d’Alexandre Astier”, nous indiquer éventuellement quand il faut rire et quand il faut s’émouvoir. Et finalement, on a peu entendu les rires de ce public acquis. Il faut dire que l’histoire n’est pas non plus désopilante : la disparition d’Arthur Pendragon (joué par Astier lui-même) a permis au seigneur Lancelot du Lac de régner d’une main de fer sur le pays de Logres pendant dix ans. Sa réapparition surprise et contrainte, va rebattre les cartes et relancer la lutte contre le régime. Or, Arthur ne veut pas accomplir son destin qui est de s’emparer d’Excalibur, et de prendre les rênes de la Bretagne. Troublé par un passé douloureux, il va même jusqu’à se laisser mourir.

Heureusement, pour faire oublier (un peu) ce fond dépressif, Kaamelott – Premier volet est mis en scène comme une comédie. Il y a d’abord ces dialogues très enlevés et vociférés par un casting de “gueules” (Lionnel Astier, Guillaume Briat, Carlo Brandt, Jean-Christophe Hembert). On craignait des caméos superficiels de stars, ou pire, un Depardieu ou un Kad Merad dans des seconds rôles. Au lieu de ça, c’est semble-t-il la distribution originale qui est aux postes, avec ici et là quelques noms dont nous ne saurions dire s’ils étaient déjà présents dans la série. On retrouve par exemple Christian Clavier qui joue une variation de son célèbre Jacquouille, et François Rollin en variation de lui-même. Et miracle du montage qui ne laisse aucun temps mort entre chaque ligne de dialogue, le comédien des Visiteurs est de nouveau drôle, contrairement à sa récente prestation dans Mystère à Saint-Tropez. Le débit à la mitraillette des répliques achève de donner une texture audiardesque aux échanges entre des personnages déjà très colorés.

Avec Alexandre Astier, on a affaire à un homme-orchestre intelligent et sensible. Non seulement il joue, mais il signe aussi le scénario et la réalisation de ce Premier volet. Et comme cela ne suffisait pas, il en a également composé la musique. Pour l’occasion, c’est l’Orchestre National De Lyon dirigé par Franck Strobel qui donne vie à ces partitions. Et c’est un des aspects les plus intéressants de Kaamelott. En disciple de John Williams et Howard Shore, Astier a écrit des motifs récurrents qui racontent un personnage ou un thème. Cette importance donnée aux décors, aux costumes, mais surtout à la musique, à un effet anti-comique. A l’écoute de la bande originale exclusivement, on découvre qu’un autre film se cache sous les aspects rigolards. Et c’est plus une saga de “dark fantasy” (façon Game of Thrones) qu’un péplum comique (façon Astérix et Obélix d’Alain Chabat, dont l’apparition a fait le bonheur des spectateurs). Ces deux projets narratifs cohabitent avec difficulté dans le même corps. Cette dualité est présente dans le personnage d’Arthur qui porte une, voire plusieurs tragédies en lui, ou dans la participation de Sting, guest star dont l’aura et le jeu convoquent des images et des atmosphères très éloignées de ce qu’on pourrait attendre d’une comédie française. Des détails de ce qu’aurait pu être “l’autre film” nous sont donnés à travers une série de flashbacks dont l’utilité ne se révèle qu’à la fin. En sortant de la salle, on a bien eu l’impression d’avoir été transporté dans un univers. Mais lequel ? En fait, Kaamelott – Premier volet est l’œuvre incomplète d’un artiste quasiment complet. Avec CINEMUSIC Radio.

Kaamelott. Scénario et réalisation : Alexandre Astier. Photographie : Jean-Marie Dreujou. Musique : Alexandre Astier. Interprétation : Alexandre Astier, Lionnel Astier, Sting. France, 2021.

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