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Dune : château de sable

Le Dune tant attendu de Denis Villeneuve n’est pas le messie cinématographique annoncé.

Dans un futur lointain, l’Humanité s’est développée en empire galactique. Deux peuples sont mis en concurrence par l’empereur pour gérer la planète Arrakis : les gentils Atréides, et les méchants Harkonnen. Les premiers habitent une planète gorgée d’eau, de vie et de lumière (Caladan), tandis que les seconds vivent dans un environnement industrialisé où règne la mort et l’obscurité (Giedi Prime). De son côté, Arrakis, une planète de sable, fournit la substance la plus rare et précieuse de l’univers connu, l’épice. Exceptionnelle, parce que seule Arrakis la produit, et singulière parce qu’elle permet le voyage dans l’espace à travers de grandes distances. Les Harkonnen qui tenaient en étau Arrakis et ses habitants – les mystérieux Fremen, doivent laisser la place aux Atréides. Le jeune Paul Atréides (joué par un Timothée Chalamet sans aucune aspérité à laquelle s’accrocher), fils du duc Leto , fait des rêves prémonitoires dans lesquels il se voit à la tête d’une révolte des Fremen. Il est surveillé par une secte exclusivement féminine, les Bene Gesserit, qui voient en lui l’arrivée du messie.

Nos attentes étaient basses après la déception de Blade Runner 2049 du même réalisateur. Pourtant, tout à l’intérieur de nous, nous souhaitions ce voyage. Mais au lieu de la transcendance désirée, nous sommes restés cloués au sol de la planète Terre, vissés au fauteuil de cinéma. D’abord il y a la musique de Hans Zimmer qui tente d’occuper un espace déjà pris par des images impressionnantes. Mais en augmentant le niveau sonore jusqu’aux limites de la saturation, le grandiose devient grandiloquent. Le pire dans la bande originale de Zimmer, c’est “Gom Jabbar”, le thème dont le nom est emprunté à l’arme préférée des sœurs du Bene Gesserit, une aiguille au contact mortel. Il est accompagné d’une voix de femme plaintive déjà entendue dans… Zack Snyder’s Justice League pour le personnage de Wonder Woman. Et partout ailleurs dès qu’un cinéaste veut donner un côté exotique ou ethnique à son score (on peut également l’entendre à la fin de la bande-annonce de Dune).

Dune est beau, mais il n’est que ça. D’une beauté qui n’émeut pas. On reste de glace en voyant les personnages importants mourir et la planète Arrakis tomber à nouveau sous le joug des harkonnen. On ne tremble pas pour la vie de Paul et de sa mère, Dame Jessica. Cette adaptation manque de personnalité contrairement à celle de David Lynch. Sorti en 1984, ce film a repris quelques idées du projet avorté d’Alexandro Jodorowsky (voir l’extraordinaire documentaire Jodorowsky’s Dune par Frank Pavich) comme celle de confier la musique à un groupe de rock en vogue (Pink Floyd dans les années 70 à l’époque du projet, mais ce fut Toto qui eut l’honneur de cette première adaptation de Dune dans les années 80). Il y a quelques années encore, le film de Lynch semblait kitsch. Aujourd’hui c’est un classique qu’on qualifie volontiers de baroque et rétro-futuriste. Son (seul ?) défaut aura été de comprimer le texte de Frank Herbert en 2h30. Alors que Villeneuve emploie le temps imparti à illustrer les rêves et visions de Paul. Le reste du temps le réalisateur joue de l’esbroufe aux effets numériques, sans doute pour démontrer la suprématie audiovisuelle de son film. Dune, première partie, se termine comme il a commencé, par la voix de Zendaya qui annonce que « ce n’est que le début ». Cette conclusion résonne comme un présage. L’œuvre de Herbert, même si elle a déjà connu deux mini-séries produites en 2000 et 2003 par Sci-Fi Channel, (Dune et Les Enfants de Dune) mériterait pourtant mieux que de devenir une franchise au même titre que Star Trek ou Star Wars. Avec Cinemusic Radio.

Dune. Scénario : Jon Spaihts, Denis Villeneuve, Eric Roth. Réalisation : Denis Villeneuve. Photographie : Greig Fraser. Musique : Hans Zimmer. Interprétation : Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac. Etats-Unis/Canada. Sortie française : 15 septembre 2021.

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