Rosetta : objectif de communication atteint

Presque aussi extraordinaire que de faire atterrir une sonde sur une comète à 500 millions de kms de distance : le faire savoir au monde des Humains.

Pour réaliser cet exploit (publicitaire), l’Agence Spatiale Européenne (ESA) a utilisé le moyen de communication moderne le plus abouti à ce jour, fruit du travail de plusieurs générations de chercheurs : la narration. Deux semaines avant que la sonde Rosetta n’atteigne sa cible, l’ESA a lancé sur le web un film viral sous la forme d’un simple court-métrage de science-fiction. L’internet anglo-saxon, très geek et donc très fan de science-fiction, s’est enflammé et a drainé comme une locomotive du buzz tout le reste du monde connecté. Au lieu d’asséner un discours institutionnel usé jusqu’à l’os du dernier Neandertal exhumé, l’ESA a embauché un jeune réalisateur polonais spécialiste des effets spéciaux. Au casting, deux acteurs seulement, mais l’un d’eux joue dans la série la plus connue du moment : Game of Thrones. Ce petit film de fiction dit de « brand content » (contenu de marque dans le jargon des communicants) déguisé en belle histoire d’initiation n’avait pas vocation à vendre le projet à un chaland sélectionné sur critères psycho-sociologiques. Puisque le projet a déjà été vendu il y a 20 ans et financé par l’impôt pour un montant de 1,4 milliards d’euros. Le site scienceogram.org a calculé que le projet revenait à 3,5 euros par citoyen de l’Union Européenne, et l’a comparé au prix moyen de 8,5 euros du billet pour l’Interstellar de Nolan. Il s’agissait pour cet « Ambition » de conquérir les coeurs et les esprits. Poser Rosetta/Philea sur la comète Tchouri n’était pas seulement une histoire de chiffres impliquant la finance et l’astrophysique. Ca, n’importe qui peut le faire. La preuve, Michael Bay et Bruce Willis se sont déjà posés sur une météorite dans Armageddon en 1998. Le plus difficile, l’exploit quasi-prométhéen, était de détourner un moment l’attention des réseaux sociaux du cul de Kim Kardashian et du nombril de Nabilla pour montrer de quoi est capable le genre humain quand il rêve aux étoiles plutôt qu’aux starlettes. Mission accomplie.

Ambition, un court-métrage de Tomek Baginski, avec Aidan Gillen et Aisiling Franciosi. Photographie : Wojciech Zielinski. Musique : Atanas Valkov. Pologne, 2014.

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