The Orville vs. Star Trek Discovery : match presque nul

En même temps que CBS lance une nouvelle couvée Star Trek en série, la Fox sort The Orville, parodie de Star Trek. Pas de chance.

Star Trek : Discovery se déroule dix ans avant les glorieuses aventures du capitaine Kirk comme il fut incarné dans les années 60 par William Shatner. Difficile pour le moment de raccrocher les wagons. On retrouve les éléments qui forment le cœur de la franchise : un vaisseau, une hiérarchie, un protagoniste rebelle, tu me mets deux ou trois vulcains, et un antagoniste non-humain. Là, ce sont les Klingons qui s’y collent. De tous les choix malheureux faits par les créateurs de la série, celui-ci concentre tous les maux. Les prothèses qui transforment les acteurs en Klingons sont tellement rigides qu’elles ne laissent pas passer les expressions de leur visage. Dès lors, ils se ressemblent tous. Par ailleurs, il y a un faux raccord : ils ne sont en rien semblable aux Klingons tels qu’on les connaît depuis 50 ans. La goutte d’eau qui fait déborder la vase : ces derniers s’expriment en klingon sous-titré pendant un temps considérable. A bien l’écouter, ce Star Trek semble avoir transformé cette langue imaginaire capable d’exprimer un large éventail d’émotions (jusqu’à faire preuve de poésie) en une série de vocalises monotones et plaintives, insupportables. La grossièreté du maquillage klingon se répercute sur toutes les autres créatures de ce monde. Quant aux humains, on apprécie la présence furtive de Michelle Yeoh et la performance de sa partenaire Sonequa Martin-Green. Hélas, toutes deux se débattent dans une intrigue forcée qui multiplie les pistes et les raisons de ne pas aimer Discovery. Dommage car les scénaristes avaient (ont encore) l’occasion de faire résonner le « nationalisme » klingon, dont le slogan est « Rester Klingon ! », avec la gouvernance Trump et son corollaire, la suprématie blanche. Tandis que la métis humaine-vulcaine au nom masculin, Michael, représente comme le couple lesbien dans American Horror Story 7 tout ce que l’extrême-droite américaine déteste. Ce propos hautement politique se perd paradoxalement dans les complications diplomatiques chères à cet univers. La présence du producteur Alex Kurtzman (responsable des derniers Star Trek et quelques autres scories) et de Nicholas Meyer (réalisateur de Star Trek II : la colère de Khan) au poste de conseiller ne pardonne en rien la faiblesse de ces premiers épisodes que même les fans ont très mal accueillis.

Dans une autre galaxie, Seth MacFarlane le mec d’Hollywood qui se donne le droit de rire de tout a crée The Orville. Il y interprète le rôle principal, le capitaine du vaisseau The Orville, dont la mission de cinq ans peut-être est d’explorer la galaxie, après un divorce difficile (sa femme, qui est aussi son premier officier, l’a trompé avec un alien bleu). Et ça se passe au 25e siècle. MacFarlane fait d’une pierre deux coups. Il s’offre une parodie luxueuse de Star Trek tout en puisant dans la culture surtout télévisuelle américaine du 20e et 21e siècle. Pour expliquer l’humour à l’officier scientifique qui est un androïde, les héros humains lui projettent Seinfeld. Il y a aussi cet étrange épisode où un membre de l’équipage, un extraterrestre, accouche d’un bébé femelle alors que sa culture bannit le sexe féminin. S’ensuit un plaidoyer pour la différence et la transexualité. L’ambiguïté de The Orville tient dans cette histoire. La série peine à choisir son genre elle aussi. Passées quelques vannes et scènes d’une drôlerie inégale, c’est comme si les scénaristes avaient oublié qu’ils étaient en train d’écrire une comédie et ont commencé à se prendre au sérieux. The Orville n’est donc pas le fils spirituel du désopilant Galaxy Quest (Dean Parisot, 1999), mais plutôt un univers crédible dérivé de Star Trek : The Next Generation en particulier. Cela revient à confier un vaisseau spatial à des charlots qui auraient quelques lueurs de bon sens. A savoir que le charlot en question, MacFarlane, a un carnet d’adresses. Ce qui nous vaut de voir apparaître Charlize Theron dans une aventure qu’aurait tout à fait pu vivre le capitaine Picard (Patrick Stewart) ou son alter ego sexualisé, le commandant Riker (Jonathan Frakes).

Choc des mondes, choc des civilisations, l’humour contre le trop sérieux, The Orville et Discovery sortent en même temps sur les écrans américains. Les poussives tentatives de Discovery de répéter la signature humoristique de Star Trek résonnent, comme dans un univers parallèle, avec celles presque aussi vaines de The Orville de se prétendre un vrai space opera. En attendant que le public fasse son choix, nous avons calculé que les deux séries s’annihilent l’une et l’autre, un peu comme si un atome de matière rencontrait son jumeau d’anti-matière.

Star Trek : Discovery. Crée par et Alex Kurtzman et Bryan Fuller. Interprétation : Sonequa Martin Green, Doug Jones, Shazad Latif. Etats-Unis, 2017.

The Orville. Interprétation : Seth MacFarlane. Interprétation : Seth MacFarlane, Adrienne Palicki, Halston Sage. Etats-Unis, 2017.

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