Okja : cochon comme copain

Même s’il y a à boire et à manger dans Okja, on reste un peu sur sa faim.

La polémique qu’il a provoqué a Cannes a plus servi Okja pour sa promotion que ses qualités cinématographiques. L’histoire : Mija, coréenne orpheline recueillie par son paysan de grand-père, vit en osmose avec un super-cochon qu’elle a appelé Okja. Ce qu’elle ignore, c’est que cet animal transgénique est né d’un processus industriel et va finir dans un autre processus industriel : l’abattage.

On ne retrouve pas dans Okja la furie révolutionnaire de Transperceneige, le précédent film de Bong Joon-Ho. Dans ce film satirique volontairement surjoué du côté américain et discret du côté coréen, il y a à boire et à manger. Il y a par exemple le réalisme fantastique de The Host et une tendresse infinie exprimée ou dégagée par certains personnages – essentiellement la petite héroïne et l’activiste du Front de la Libération Animale (ou ALF) interprété par Paul Dano, jeune acteur américain de plus en plus prometteur à chaque nouveau rôle. Okja est une critique frontale de l’industrie de la viande, un plaidoyer contre la souffrance animale dans lequel peuvent se reconnaître les partisans de Greepeance ou cette autre association moins connue, L214 Ethique et animaux. C’est aussi une peinture au vitriol de la société de l’image et de la communication. Et puis il y a cette bête fantastique, le super-cochon, tout en images de synthèse hélas. Ce côté artificiel a pour effet direct de réduire le pathos des scènes d’abattoir. Bong Joon-Ho ne parvient pas avec cette image de synthèse à créer l’empathie qu’on peut éprouver pour ces animaux réels que le spécisme, la culture et notre appétit ont désigné comme « bons pour l’assiette ».

Et pourtant le film va loin, comme certains militants écologistes radicaux, lorsqu’il compare sciemment le camp où sont regroupés et tués les super-cochons à des camps d’extermination humains. Il en résulte un film en demi-teinte, bon enfant mais pas seulement, qui donnerait envie d’adopter un hamster plutôt que d’arrêter de manger de la viande. Okja restera dans l’histoire comme un de ces premiers films à avoir bousculé la très grande famille du cinéma réunie au dernier festival de Cannes et qui se trouva alors face cet animal mutant : un film de cinéma, d’auteur et de genre, destiné à la diffusion vidéo exclusive. Après tout, tentons la métaphore : sauf quand il est dopé au marketing et à la promotion, l’espérance de vie d’un film sincère en salles est en général bien inférieure à celle d’un bœuf dans l’industrie agro-alimentaire. Quoique supérieure pour certains, à celles d’un veau. 

Okja. Réalisation : Joon-ho Bong, Scénario : Joon-ho Bong, Jon Ronson. Interprétation : Tilda Swinton, Seo-Hyun Ahn, Jake Gyllenhaal. Photographie : Darius Khondji. Corée du Sud, Etats-Unis. Sortie française sur Netflix : 28 juin 2017.

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