Le Parisien, un journal à la page

 

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Le quotidien préféré des bistrots populaires de Paris et de sa région a pris le chemin de la culture numérique comme un marin prend la mer, avec une grande naturalité. La preuve avec deux articles parus cette semaine.

Voilà un moment que Le Parisien nous intrigue. Pour commencer, historiquement, il a été crée en 1944 au lendemain de la Libération de Paris d’où son petit sobriquet, « libéré », disparu du titre en 1986. Mais comment faisait-on à l’époque pour faire des journaux sans WordPress et sans rien connaître au code HTML ?  Ensuite, intellectuellement, les profs d’université conseillait et conseillent encore à leurs étudiants la lecture du Monde, de Libération et du Figaro pour former (formater ?) leur pensée, mais sûrement pas celle du Parisien. Sociologiquement, la disponibilité du Parisien dans les bistrots de la capitale et de l’Ile-de-France lui permet de passer entre toutes les mains tout au long d’une journée. Il n’est pas lu seulement par le peuple, donc, il est aussi lu par la pseudo-intelligentsia parigote qui avant d’aller au bureau le matin tient à se tenir au courant de ce qu’elle croit que pense le bon peuple, mais aussi pour essayer de sortir de son formatage universitaire bobo gauche-droite, droite-gauche et inversement. Mais si depuis les années 90 le Parisien ne prend plus la peine de préciser l’origine ethnique des auteurs de faits divers, il cite dans sa rubrique Médias des sources inhabituelles que nous connaissons bien de ce côté du web. Comme Torrentfreak, le blog privilégié de l’actualité du téléchargement illégal. Il s’agit notamment d’un article donnant le classement des films et séries les plus téléchargées. Et puis cette semaine, coup sur coup, Le Parisien dédie une page entière à Watch Dogs d’Ubisoft, le jeu qui vous met « dans la peau d’un hackeur » (le secrétaire de rédaction ne s’est pas résolu à écrire « hacker »). Le journal a la bonne idée d’approfondir le sujet d’abord en consacrant sur son site web (comment font-ils sans encre ni papier ?) un article à un épisode malheureux de la promo du jeu, puis à une double-page ce samedi 31 mai au piratage domestique. Gros-titres en Une : « Il y a un espion dans votre maison ! ». Un sujet éculé certes, mais qui prépare le lecteur à la grande panique qui accompagnera la vague des objets connectés, ce moment de l’histoire humaine où votre frigo, vos toilettes et votre brosse à dents vous trahirons plus intimement que vos meilleurs amis.

Le Parisien, 27 mai, pages Loisirs.

Le Parisien, 27 mai, pages Loisirs.

Le Parisien (papier) a également consacré un long dossier aux mutations génétiques à l’occasion de la sortie du film X-Men : Days of Future Past. Bon, mais là ça s’est un peu vu que c’était de la promo, car les gens bien informés – ceux qui lisent Science & Vie ou Sciences et Avenir notamment, savent qu’une mutation génétique ne donne pas de superpouvoirs mais plutôt des super-ennuis, genre cancer et trisomie 21, voire à la limite une intelligence supérieure à la normale – également problématique car nous vivons un monde où le QI moyen est proche des scores de popularité du président Hollande. Faut pas prendre le bon peuple pour des canards sauvages. Mais ces deux articles, sur les « hackeurs » et les super-héros nous servent de leçon : peut-être qu’il faudrait que nous abordions ces sujets nous aussi, pour rester dans l’air du temps.

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