#MeToo : les contradictions de Natalie Portman

Rassemblement #MeToo à République (Paris) le 30 octobre 2017 (Rachid Ouadah/mXm).

La comédienne de 36 ans a pris la parole lors de la Marche des Femmes pour livrer un discours poignant… non dépourvu de contradictions.

Quel-le dommage. Parce que nous sommes au même diapason que le mouvement qui a démarré avec l’affaire Weinstein, nous aurions préféré diriger les projecteurs de la honte sur un Casey Affleck ou un James Franco (ou Dan Schneider, producteur de Nickelodeon, soupçonné par la rumeur publique de pédophilie depuis plusieurs années). Hélas, le 22 janvier 2018, la comédienne Natalie Portman est montée à la tribune de la Women’s March de Los Angeles pour livrer un discours qui nous a fait plusieurs fois sursauter, mais pour les mauvaises raisons.

Dans la première partie de son intervention, Portman raconte comment elle a été harcelée par des “fans” clairement pédophiles ainsi que par des médias après sa prestation dans le film Léon (1994) où elle incarnait avec beaucoup de talent une gamine de 12 ans recueillie par un tueur à gages infantile. Elle décrit son personnage, Mathilda, comme une fillette découvrant sa féminité. Première contradiction : Léon ne raconte pas l’histoire d’une môme qui se découvre femme, mais la relation amoureuse et sexuelle non-explicite d’un homme mûr et d’une préadolescente. Comment le réalisateur de Taxi et du Cinquième élément a pu écrire seul un tel scénario ? Tout simplement, en s’inspirant de la relation qu’il avait à l’époque avec une jeune comédienne âgée de 15 ans (dans le même Léon elle joue le rôle d’une prostituée), devenue l’année précédente sa femme puis la mère de son enfant. Comme Mathilda, la comédienne est issue d’une famille dysfonctionnelle et maltraitante avec laquelle elle réglera ses comptes dans le film Pardonnez-moi (2006). En France, l’âge de la majorité sexuelle est fixé à 15 ans. Aux Etats-Unis, il varie entre 16 et 18 ans selon les Etats : en d’autres termes, le réalisateur de Léon aurait pu être inculpé et jugé comme un pédocriminel sur le territoire nord-américain. Toujours est-il que la version U.S. de Léon, déjà très équivoque car on y voit Mathilda aguicher le tueur à gages (ce que Daniel Cohen-Bendit, un temps accusé de pédophilie, qualifie de “adultophilie”, manière de dire que ce sont les gamins qui sont prédateurs des adultes et non l’inverse), est expurgée d’une scène où elle susurre explicitement à son oreille son désir d’une “première fois” avant de s’allonger à ses côtés. Puis fondu au noir pudique, le spectateur imaginera la scène qu’il voudra. Si Léon n’est pas un film pédophile – certains arguent que le personnage de Jean Reno est un homme-enfant avec un âge mental de 12 ans (ce qui donc l’autoriserait à “consommer” Mathilda), il est certainement pédophile-compatible. On ne va pas pour autant inverser les rôles : la victime du harcèlement qui s’ensuit est Natalie Portman, les coupables ce sont ses harceleurs. Et les responsables : les parents de Portman et le scénariste-réalisateur-autobiographiste de Léon.

Seconde contradiction : pour se protéger, la comédienne déclare avoir construit par la suite une image pudique d’elle, “conservatrice », « un coté sérieux » une femme qui « lit des livres » (merci pour le cliché). Cette façade ne tiendra que quelques années. En 2004, à 23 ans, on la voit dans Closer : entre adultes consentants. Le film raconte les frasques amoureuses et sexuelles d’un quatuor de londoniens dont elle est la cadette. On se rappellera des “scènes de cul” dans lesquelles Portman se montre plus vulgaire que sensuelle. Sa partenaire Julia Roberts, plus âgée, n’ayant plus rien à prouver, et peut-être mieux conseillée, fera moins étalage de ses “charmes”.

Natalie Portman dans Closer (2004).

En 2011, femme accomplie et sûre de ses choix, elle s’adonne au spectacle le plus grossier qui soit : la mise en scène du désir sexuel par la publicité. En devenant les années suivantes l’égérie d’un produit de la marque Dior, elle accède au statut de femme imaginaire, de ces créatures étalées en 4×3 ou dans les magazines de mode pour susciter l’envie chez les hommes et la frustration chez les femmes réelles qui ne seront jamais le tiers de la moitié de ce qu’est la jeune actrice autant physiquement que statutairement. C’est peut-être « glamour », grâce à l’éclairage, au maquillage et à la direction artistique, mais les images ne montre jamais rien d’autre qu’un singe qui, “plus il monte haut, plus il montre son cul” (Marshal McLuhan à propos de Marylin Monroe).

Natalie Portman, mi-pute mi-soumise pour Dior.

En 1996, elle tourne dans Tout le monde dit I love you de Woody Allen, mais ce n’est pas grave. Car c’est bon pour sa jeune carrière, et parce que l’épée de Damoclès était encore très haut au-dessus de la tête du réalisateur aujourd’hui peu à peu lâché par son milieu suite à la réitération des accusations d’attouchements sexuels sur sa fille adoptive, Dylan Farrow. A noter que Woody Allen fait la connaissance de sa dernière femme, Soon-Yi Previn, alors que celle-ci est seulement âgée de 9 ans et qu’elle est la fille adoptive de Mia Farrow, sa compagne du moment. Dans un retentissant procès rapporté par le New York Times en 1993, où est également déjà évoqué le cas de Dylan Farrow, le réalisateur reconnaît avoir pris des photos de Previn nue, “après avoir eu une relation sexuelle”, découvertes par Mia Farrow vers 1991. Donc, dès le début des années 90, le monde, sinon l’Amérique et le petit milieu du showbiz, “savait” ou du moins commençait à douter. Mais en 1996, la justice ne s’est pas décidée, et Natalie Portman n’était encore qu’une ado.

Dernière contradiction, et pas des moindre : en 2009, Bernard Henri-Levy (le “philosophe” de réseaux contesté, dénigré, entarté dans son propre pays) lance une pétition pour sauver son ami Roman Polanskiappréhendé comme un vulgaire terroriste, samedi soir, 26 Septembre, à Zurich, alors qu’il venait recevoir un prix pour l’ensemble de son œuvre”. Parmi les signataires du document on trouve Harrison Ford, Steven Soderbergh, Isabelle Adjani, Neil Jordan, John Milius, Mike Nichols (réalisateur de Closer : entre adultes consentants, parce que le monde est petit), Jeremy Irons, Isabelle Huppert, Yamina Benguigui, Elsa Zylberstein et… Natalie Portman. L’empathie de Portman s’est portée vers le réalisateur plutôt que sur sa victime qui avait l’âge de son personnage dans Léon au moment des faits. L’argument de la défense d’alors est simple : la victime aurait pardonné, pardonné d’avoir été droguée puis abusée sexuellement par un quadragénaire. La justice américaine n’a pas oublié Polanski qui évite prudemment de remettre les pieds sur sol états-unien. Entre temps, de nouvelles accusations ont surgi. La même année, à défaut d’un long-métrage, Portman tourne avec le réalisateur pédophile-compatible une parodie de publicité pour le faux parfum “Greed” (envie, avarice), singeant ce qu’elle allait devenir quelques années plus tard.

Pour enfoncer le clou, la star Portman conclut son discours à la tribune par cette phrase : “faisons la révolution du désir [féminin]”. Cette formule sortie du cerveau d’un-e manager en communication ou d’une star éprise de son propre reflet ne veut strictement rien dire, surtout dans le contexte actuel. Dans le viol, dans l’agression sexuelle, dans la drague lourde ou dangereuse, dans le regard du pervers qui se masturbe devant une femme (salut Louie C.K. !), il y a aussi du désir. Le désir, sain ou malsain, n’a jamais été aussi libéré, du moins en occident. Il ne s’agit donc pas d’ouvrir les vannes mais plutôt, pour nous les hommes, de dompter ce désir, tel un cheval fougueux – dirait Catherine Deneuve – et d’arrêter de considérer les femmes comme des objets sexuels dès 12 ans avant de les jeter passée la quarantaine quand le désir disparaît. Portman est montée à la tribune pour défendre son image et sa carrière, pas la cause des femmes. D’où sa technique que tous les propagandistes connaissent bien : paralyser l’intellect de l’auditoire par un choc émotionnel (la révélation du “terrorisme sexuel” dont elle a été victime à 13 ans) pour faire passer une autre pilule.  

Quelque soit le combat, que ce soit pour l’égalité entre les êtres humains ou la liberté d’un peuple, à chaque moment de l’Histoire où celle-ci semblait prendre un tournant décisif, on a trouvé des opportunistes. Nous sommes solidaires de la lutte des femmes résumée par les hastags #MeToo et #BalanceTonPorc, non parce que ça arrange notre business (lequel ?) ou notre image, non plus parce que, par un grand hasard de la nature notre mère et nos soeurs sont des femmes, mais parce qu’il nous semble juste. Et laisser des gens comme Natalie Portman, passée du « marché de la femme » à la Marche des Femmes, devenir ses porte-drapeaux c’est le meilleur moyen de le discréditer et de l’affaiblir.

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