Capture d'écran du film Independance Day (1996).

Washington à feu et à cendres

Le réalisateur de Training Day met en images ce que Ben Laden avait seulement rêvé : bombarder Washington et prendre d’assaut la Maison-Blanche. Grâce à un peu d’imagination et des terroristes nord-coréens. Prémonitoire ?

Roland Emmerich avait déjà fait exploser la Maison Blanche dans Independance Day. Pulvérisée à nouveau dans deux autres films-catastrophe(iques). Cette fois, Antoine Fuqua qui nous avait bien ému avec son Training Day (2001), met en scène l’assaut du palais présidentiel par des terros nord-coréens. S’ensuit, d’après la bande-annonce, un banal film d’action avec un fonctionnaire du genre, Gérard Butler (300). Il ne faut pas juger trop vite à partir de ce trailer, du parcours de Fuqua ou du cv vierge des scénaristes, sachant qu’ils mentent tous, et que le film lui-même est encore en post-production.

En revanche, comment ne pas rester béat devant la capacité du cinéma des Etats-Unis à jouer de l’Histoire et du réel. En 2001, Washington a été frappée par les attentats terroristes de septembre. Depuis, plusieurs films de fiction ont rapporté chacun à leur manière les évènements de ce jour et des suivants. Deux tours qui tombent vraiment, des images d’apocalypse dans LA mégapole la plus cosmopolite du monde, deux guerres de destruction massive de civils plus tard, il continue soit à rejouer le drame soit à en fantasmer de nouveaux. Comment les sciences et arts de la psyché appelleraient cela : résilience, masochisme, exorcisme ? Sais pas. En tout cas, 2013 c’est la fête à la Maison-Blanche car Roland Emmerich va lui aussi (re)prendre d’assaut le berceau de la Nation dans White House Down avec Jamie Foxx en Président (un Noir à la Maison Blanche, ça c’est visionnaire) mis à mal par des forcenés para-militaires paranoïaques forcément. Quelle autre nation, à part la Grande-Bretagne, est capable de mettre en scène la destruction systématique de ses symboles ? Opportunément, la bande-annonce de La Chute d’Olympe est sortie la semaine suivant le week-end où le tout dernier président américain a prêté serment. Que Dieu bénisse le marketing.

Capture d'écran du film Independance Day (1996).
Capture d’écran du film Independance Day (1996).

Cette tendance 2013, deux films sur le même sujet, n’est pas un très bon signe pour le spectateur d’une part, et pour le réel d’autre part. Des critiques avaient noté à posteriori les analogies entre l’Independance Day d’Emmerich et le 11 septembre. Des théoriciens du complot y ont trouvé une image qui remue les imaginations même les moins fertiles : dans la scène qui précède la destruction de New York et de la Maison-Blanche, l’acteur Jeff Goldblum exhibe un compte à rebours  sur un fond graphique qui a au moins inspiré The Matrix. Il affiche « 09:11 » (avant de passer à « 09:10 »). Marshall Mc Luhan supposait que les artistes étaient comme des antennes qui captent des tendances et autres mouvements corpusculaires, ce qui les rend en qualité de devins aussi fiables que Madame Irma ou le « code secret de la Bible ». Le théoricien des médias dont les idées ont connu une nouvelle jeunesse à l’arrivée de l’internet, a aussi dit un truc du genre « le message c’est le medium » justement. Pour faire court, ça veut dire que les films d’Emmerich ont des amateurs jusque dans les grottes d’Afghanistan. Encore une fois, le cinéma américain va projeter à l’écran les cauchemars du public et le rêve des terroristes de toutes les couleurs.

La construction de la Maison-Blanche fut achevée en 1800. Elle est détruite une fois, en 1814, sous le feu des Anglais. Elle tirerait son nom de cette reconstruction. Le jeune gars à l’air funky et sympa qui y loge avec sa petite famille s’appelle Barack Obama, et il est le 44e locataire.

Capture d'écran du film Independance Day (1996).