Démarrage laborieux pour « Gotham »

Gotham_Cast_Banner

La série inspirée de l’univers de Batman avant Batman se fait éreinter par le public et les jihadistes de l’homme chauve-souris.

Nous étions sûrs que Gotham allait être une tuerie. Nous l’avons même écrit sur le blog de notre partenaire en crime Kdbuzz. Même les génies peuvent se tromper donc. La promo nous avait convaincu des bonnes intentions des producteurs et de la force de conviction des comédiens, notamment celui qui joue Oswald Cobblepot (Robin Lord Taylor), le futur Pingouin. De plus, le gros méchant Netflix avait, selon la rumeur, acheté la série les yeux fermés, sans même la voir, pour en faire un instrument de conquête du marché mondial. Un bruit parmi d’autres pour faire peur au marché européen dans lequel le réseau était en train de s’installer. A mi-chemin de la première saison, il est temps de tirer un bilan.

« Stupide », « grotesque », « invraisemblable », « ennuyeux » : les qualificatifs ne manquent pas sur le web américain et sur les réseaux sociaux français pour qualifier les débuts de Gotham. Pourtant, dans l’absolu la série n’est pas nulle. Elle n’est pas excellente non plus. Mais voilà, elle se déroule dans l’univers de Batman avant Batman. Et les scénaristes ont pris pas mal de libertés vis-à-vis d’une « mythologie » archiconnue. C’est là tout le paradoxe. Tiraillés entre l’obligation de faire plaisir aux fans et de réaliser une adaptation créative, les showrunners (dont le créateur de The Mentalist) se sont retrouvés pris entre deux feux. Plaire aux fans consiste par exemple à introduire tout plein de clins d’oeils qui à force d’accumulation confinent à l’absurde. Tous les vilains ou futurs vilains qui affronteront Bruce Wayne/Batman adulte sont déjà là où on même croisé son chemin. En introduisant le personnage de Selina Kyle, future Catwoman, témoin du meurtre des parents de Wayne, bientôt amie et presque complice du future commissaire Gordon, c’est comme si la série draguait le public des 10/15 ans. Et à contrario, Barbara Gordon, personnage relativement secondaire dans l’univers Batman, est ici présentée comme une petite bourgeoise superficielle sans activité professionnelle sinon celle d’agacer son policier de mari et de le tromper dans une relation extra-conjugale lesbienne façon L World. Là encore, Gotham lorgne vers un public qui n’a que faire de ce genre de révélation et sans même que la nature homosexuelle de sa liaison n’ait d’incidence sur l’histoire. Pour être dans l’air du temps ?

Qu’est-ce que « Gotham » (à part le surnom donné par les habitants de New-York lorsque celle-ci était un coupe-gorge) ? Et plus généralement qu’est-ce que « D.C. Comics » ? Le premier serait appelé « cop show » (ou série policière, en français), et le second un éditeur de bandes dessinées policières (« detective comics »). Gotham frôle à peine la noirceur du genre policier (surtout dans le loft luxueux de Gordon), et sans atteindre le machiavélisme d’un The Wire ou même d’un Soprano. Il aborde timidement le fantastique via des sous-intrigues sans intérêts et vite abandonnées. Il multiplie les pistes narratives en même temps que les personnages emblématiques se succèdent sans pourtant l’once d’un espoir que cet imbroglio mène vers un tout cohérent. Dans la série, Bruce Wayne a 12 ans. A moins d’un saut dans le temps, il faudra attendre plus d’une dizaine de saisons avant qu’il ne décide d’endosser le costume du Batman. En attendant, de cette immense « origine story » (récit racontant comme les héros ou vilains sont devenus ce qu’ils sont), trois personnages dont l’évolution nous rendent curieux et patients pour au moins une seconde saison : Gordon l’incorruptible, Bullock le flic corrompu, et Le Pingouin. On se  passera aisément du personnage de Fish (surjoué par une Jada Pinkett Smith qui mérite tout simplement la mort – fictionnelle). Mais pire que tout, au milieu de ces décors travaillés et malgré les efforts des comédiens et les contraintes de l’univers plus le lobby des fans, Gotham réussit à commettre l’erreur des erreurs : la série n’a aucun générique musical reconnaissables, comme si elle n’avait aucune identité. A croire que si les cadres de Netflix ont bien acheté les deux saisons les yeux fermés, ils l’ont également fait les oreilles bouchées.

Première page de "La trompette du Diable" (B:B&W, 1996).

Première page de la « La trompette du Diable » (B:B&W, 1996).

A noter : ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la franchise Batman qu’une série a été produite avec une présence minimale du super-héros. Il faut remonter à l’année 1996 pour re-découvrir l’excellent quatuor d’albums Batman: Black & White (Batman : d’ombre et de lumière) édité par et DC et Semic. Les scénarios et dessins étaient confiés à une multitude de créateurs dont Bruce Timm, Neil Gaiman, Archie Goodwin, Brian Bolland, etc.

Post Your Thoughts

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.