Coherence : le dîner de Schrödinger

Coherence

De nouveau, un film indépendant américain nous surprend par un discours et une réalisation sans lustre et pourtant brillants.

Dans une banlieue de Los Angeles, des amis sont réunis pour dîner. Le passage d’une comète fiche les jetons supernaturels à tout le monde et progressivement au spectateur. Après une coupure de courant, deux des convives décident de sortir dans l’obscurité absolue pour aller vers une maison dont les lumières fonctionnent encore. C’est alors que du simple huis-clos censé faire sortir la vérité des personnages et des murs, on glisse dans le thriller fantastique, ou plutôt, dans la science-fiction pour adultes : comme dans une nouvelle de Borgès (donc fantastique…), les protagonistes se découvrent des doubles. C’est l’effet de la comète : la réalité s’est scindée en deux versions légèrement différentes. Deux versions seulement ? Ces doppelgängers, que veulent-ils ? Et s’ils devenaient une menace pour leur propre existence ? Et ainsi de suite jusqu’à une chute digne de La Quatrième Dimension. « Cohérence » est aussi un mot de la physique quantique pour décrire certains états de la lumière, par exemple sous la forme d’un laser, entre autres belles choses.

Le réalisateur et scénariste James Ward Byrkit a fait le choix de tourner avec une équipe technique la plus réduite possible, sans effets spéciaux, chez lui, et tant qu’à faire, sans scénario. Une méthode à contre-courant des blockbusters sur lesquels il est amené à travailler (il a été le storyboardeur de Gore Verbinski sur Pirates des Caraïbes et il a écrit l’histoire de Rango), où la forme et l’argent l’emportent sur le fond et le sens. Il revendique également une parenté avec le Carnage de Polanski qui était une adaptation d’une pièce de théâtre de Yasmina RezaCoherence partage ses qualités avec un premier film dont on vous parlait en 2012, et un autre que nous allons vous faire découvrir dans une chronique prochaine. Mais il vous faudra attendre quelques mois pour voir ce Coherence, ou quelques années, car personne n’a encore eu l’idée ou le courage (ou la possibilité) de le distribuer, pauvres petits français, dans votre pays.

Coherence de James Ward Byrkit et Alex Manugian. Interprétation : Emily Baldoni, Maury Sterling, Nicholas Brendon. Photographie : Nic Sadler. Musique : Kristin Øhrn Dyrud. Etats-Unis, 2013. Sortie française : NC.

Alexandre Pesavento

About Alexandre Pesavento

Correspondant de presse à Los Angeles pour d'autres journaux, j'agis ici sous pseudo et profite de mon exil pour voir des films que vous, petits Français, ne verrez peut-être jamais.

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