Encore un buddy movie interracial pour Omar Sy

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La nouvelle comédie d’Omar Sy est encore une histoire d’un Blanc parisien confronté à un Noir de banlieue. Mais cette fois, ils sont tous les deux flics. Première bande-annonce un chouia pathétique.

Nous avions déjà pointé du doigt ce qui était intéressant, et surtout ce qui était dérangeant dans Intouchables. Cette vision stéréotypée des rapports sociaux ET raciaux – pardon, des rapports entre Blancs et Noirs – pardon, entre les Français issus de la monotonie et ceux issus de la diversité sub-saharienne, c’est bel et bien le fantasme de la classe sociale qui tient les rennes du cinéma hexagonal. Un cinéma qu’on sait gonflé par son propre égo et le système de financement, mais qui est pourtant complexé vis-à-vis de l’oncle d’Amérique après lequel il continue de courir depuis 30 ans. Ici, on peut sentir l’influence du « buddy movie » à l’américaine qui fit les grandes heures du cinéma d’action et de comédie des années 80. 


48 heures – Bande annonce VO par _Caprice_

Plus les deux protagonistes sont différents et plus le potentiel comique et dramatique est grand, dit la recette. Dans les aventures de Laurel et Hardy, c’est un gros nerveux et un petit calme. Dans 48 heures, c’est un flic blanc et taciturne et un voyou noir et hâbleur (Nick Nolte vs. Eddy Murphy), dans Men In Black, c’est un vieux sudiste blanc patibulaire qui doit former et apprendre sur lui-même (toujours ce syndrome du « nègre magique« ) avec un jeune flic noir urbain et rigolo. L’Union sacrée, film français d’Alexandre Arcady sorti en 1988, nous offre une variante en racontant l’enquête de deux flics que tout oppose : Simon est juif et policier officiel et reconnu, Karim est arabe et infiltré dans le milieu du trafic de couscous (il parle la langue des voyous, pratique), interprétés respectivement par Patrick Bruel et Richard Berry. Triple lol. En France, ce n’est pas compliqué, les meilleurs « buddy movies » sont d’abord très bien écrits, et ensuite très bien joués et, il est vrai, ne s’alourdissent pas d’un préchiprêcha humaniste. La différence de physique et de caractère entre les personnages suffit comme seul moteur, pas la peine d’en rajouter, puisque c’est bien de différence, d’altérité, qu’il s’agit dans ces chefs d’oeuvres que la Weinstein Company peut toujours essayer d’adapter : il y a Le corniaud de Gerard Oury (De Funes vs. Bourvil), La grande vadrouille (idem), L’emmerdeur d’Edouard Molinaro et Francis Veber (Jacques Brel vs. Lino Ventura) et enfin La chèvre de Francis Veber (Gérard Depardieu vs . Pierre Richard).

La France n’est pas les Etats-Unis. Suivre religieusement le chemin tracé par leurs comédies interraciales est une erreur lourde de conséquences sur l’image qu’a d’elle-même la société française. Comme Intouchables, De l’autre côté du périph‘ (à ne pas confondre avec le documentaire homonyme de Bertrand Tavernier) dresse le portrait d’une société bipolaire où les parisiens sont blancs, aisés, coincés et racistes, et les autres de l’autre côté du périphérique, sont d’origine étrangère et souvent pauvres, mais tellement cools en revanche. Nul doute, ces auteurs règlent leur compte avec leurs propres origines sociales en présentant le pauvre et l’étranger sous un jour bien meilleur qu’ils présenteraient leur propre famille et les membres de leur propre groupe social ou ethnique. Croyant sans doute bien faire et lutter contre les préjugés, les auteurs de ces films renforcent les clichés et installent définitivement l’idée que la relation avec la banlieue pose un « problème », et que ce problème est en partie lié à l’origine ethnique de ses habitants. De fait, la question sociale et économique, qui concerne tous les individus quelque soit la forme de leurs yeux, de leur nez ou de la nuance pantone de leur épiderme, cet objet fondamental de l’égalité républicaine passe à la trappe. La trappe (sans « s »), c’est l’endroit où l’a remisée la classe politique française depuis qu’elle a avoué son impuissance à réguler l’économie mondiale vers 1973 dès le premier choc pétrolier.

Dans ce film qu’on n’ira pas voir mais pas pour les raisons évoquées ici, on espère qu’Omar Sy ne se lancera pas dans des mouvements de jambes funky pour décoincer son collègue de couleur (blanche). A moins que ce ne soit Laurent Laffite, le sosie de Michel Leeb, qui lui enseigne quelques pas de rockabilly, pour rester dans les clichés. Au-delà, cette bande-annonce tout comme le film Intouchables pose une question terrible : reste-t-il des Français pauvres en banlieue et qui seraient non-Noirs, non-Arabes ? Ou bien cet état de pauvreté culturelle et matérielle est exclusivement réservé aux Noirs et aux Arabes – pardon, aux Français issus de la diversité ? Et puis à quand un film avec un personnage principal d’origine et interprété par un Français issu de la diversité indo-pakistanaise et qui raconterait une histoire d’amour ou de désamour normale plutôt qu’une comédie à base de tandoori et de mariage forcé ? Pire encore, le fait d’injecter la notion de différence ethnique ou raciale dans une comédie balourde ou dans un film à bons sentiments, c’est juste la preuve que la société française est incapable dans l’espace public d’aborder ces thèmes là sans crier au loup, au scandale ou à l’indignation. Une autre preuve : combien d’entre vous s’arrachent les cheveux depuis le début de cet article, sursautant peut-être à chaque fois que nous écrivons et que vous lisez les mots « blanc », « noir », « nègre », « arabe » ou « race ». On frôle ici LE tabou français, qui n’est pas la sodomie comme l’affirme régulièrement un magazine féminin spécialisée dans les s(Elle)s, mais bien l’origine ethnique des citoyens de cette république que tous espèrent indivisible.

Un sujet daté de 20 ans

De l’autre côté du périph’ se bande-annonce donc comme une comédie téléphonée, et surtout datée, avec 20 ans de retard sur son sujet. On aurait bien rit à ce trailer, en 1995. Est-ce qu’il n’aurait pas été plus drôle et intéressant, aujourd’hui, d’imaginer un flic noir parisien « normal » en duo avec un banlieusard issu de la diversité polonaise ou italienne, ou tout simplement un français dit « de souche » (c’est à dire un Français issu de l’uniformité si on s’en tient à la terminologie inventée ces dernières années) habitant Aubervilliers, ville de tradition ouvrière et populaire par excellence ? Les possibilités dramatiques et politiques sont alors nombreuses : le personnage non-noir pourrait éprouver une forme de racisme doublée de jalousie, au lieu de ce complexe de supériorité suranné qu’affiche Laffite face à Sy.


Bande annonce L’union sacrée par MorganSoazig

Comme Intouchables, ce dernier film pourrait, sous couvert de bons sentiments et d’intentions nobles, représenter une régression dans la perception qu’ont les Français les uns des autres, qu’ils soient blancs, noirs, riches, pauvres, handicapés ou rouquins. L’image des « minorités » ethniques véhiculée par la comédie est un enjeu de société majeur. Certains réalisateurs, producteurs et acteurs américains l’ont compris très tôt. Bill Cosby dès les années 70 en tirera deux grandes pièces de la culture télévisuelle : la série animée à visée éducative et citoyenne T’as le bonjour d’Albert, et surtout le Cosby Show. Cette sitcom au succès international montrait pour la première fois une famille noire américaine aisée avec un père gynéco, une mère avocate, et des enfants qui poursuivent des études au lieu de fumer du crack.

Un des modèles auquel le spectateur et l’industrie françaises voudraient justement comparer Omar Sy, n’hésite pas dans son dernier blockbuster à dénoncer l’amalgame entre le racial et le causal : « Ce n’est pas parce qu’un Noir conduit une belle voiture qu’il l’a volée. Bon, ok, j’ai volé cette voiture mais pas parce que je suis Noir !« . Ainsi, Will Smith, l’ex-petit Prince de Bel Air capable aujourd’hui de produire ses propres films, essaie peut-être de nous dire par là que le terme « black » ne désigne que la couleur du costume de son personnage. Quant au message que nous envoie consciemment ou pas Omar Sy, on attendra la prochaine étape de sa carrière, lorsqu’il aura assez de pouvoir pour faire écrire et produire les films qu’il a vraiment envie de voir et de jouer, et surtout quand il aura dépassé définitivement l’âge d’interpréter des jeunes de banlieue. Un peu comme demander à Charlotte de Turckheim ou Valérie Lemercier d’arrêter de jouer les bourgeoises coincées. Ben, wesh, qu’est-ce qui se passe ?

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18744561&cfilm=29682.html

L’EMMERDEUR – Bande annonce (1973)

Benoît Tomassot

About Benoît Tomassot

Enseignant en géro-déontologie dans une école de journalisme le jour, justicier massé la nuit, Docteur Honoris Causa à effet, spécialiste des stéréotypes sociaux et rationnels.

There are 2 comments

  1. 2 tukheim valent mieux qu'une

    Renseignez-vous avant d’écrire des bêtises. Charlotte de Turckheim joue depuis deux saisons l’intendante d’une colonie de vacances dans une série pour France TV.

  2. Omar Non

    Délirant, paranoïaque et raciste, cette contribution est inutile merci de bien vouloir la supprimer dans les plus brefs délais

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