Blunt Talk : Patrick Stewart part en live

L’acteur shakespearien préféré des geeks s’adonne à quelques excès dans une série de comédie américaine de mauvais goût. Quel gâchis.

Walter Blunt est un vieux présentateur d’infos britannique exilé aux Etats-Unis pour animer un talk-show portant son nom. Dans ses bagages, il a emmené son alcoolisme, ses problèmes sexuels et relationnels, ses problèmes de couple et tout un tas d’autres pathologies. Le tout premier épisode installe le personnage : mélancolique et aviné, mais excentrique, il est surpris dans sa voiture avec une prostituée transsexuelle heureusement majeure. Blunt, ancien Major pendant la guerre des Malouines (1982) ne trouve pas de meilleure réaction que d’assommer un policier avant de se rendre aux autorités et aux médias. Pour ne pas sombrer, il orchestre une auto-interview dans sa propre émission.

Clairement, la série est en dessous de sa promesse principale : laisser tout l’espace à Walter Blunt. L’histoire s’intéresse beaucoup trop aux aventures des personnages secondaires et se perd dans des gags en dessous de la ceinture. En seconde et déjà dernière saison, un des collaborateurs de Blunt est opéré en direct d’un cancer de l’anus pour illustrer un sujet sur la proctologie… Blunt est accompagné d’un valet, un ancien camarade de tranchées qui lui doit la vie, fidèle comme un chien. Le couple rappelle parfois l’inspecteur Clouseau et son Cato ou encore Sherlock Holmes et son Watson. La série ne se prive pas de citer le grand classique Network de Sidney Lumet (1976), pour dire qu’elle navigue entre la finesse et la grossièreté. Mais l’argument des producteurs, dont le controversable Seth MacFarlane (Family Guy,Ted), était de mettre en lumière un acteur sous-utilisé depuis une quarantaine d’années : Patrick Stewart. Le comédien britannique est surtout connu pour son interprétation du charismatique capitaine Jean-Luc Picard dans la série Star Trek : The Next Generation et celle du Professeur X dans les films X-Men. Sa carrière est parsemée de métrages de qualité moyenne, de téléfilms faiblards et de doublages inoubliables (L’Etrange Noël de Mr Jack), en passant par quelques apparitions dans l’Excalibur de John Boorman et le Dune de David Lynch. En vérité, le cinéma et la télévision ne sont que des gagne-pain pour Stewart. Sa passion c’est le théâtre. En 2013, entre deux blockbusters américains il n’hésite pas à se produire sur scène avec Ian McKellen (X-Men, Le Seigneur des Anneaux, Richard III) avec lequel il joue les clochards dans une adaptation de En attendant Godot de Samuel Beckett. En attendant de trouver quelque part sur le net un enregistrement de ses performances sur les planches, il faudra se contenter de la théâtralité de son personnage de Walter Blunt ou des rediffusions de Star Trek (et éventuellement de ses cours shakespeariens).

Walter Blunt. Série créée par Jonathan Ames. Interprétation : Patrick Stewart, Adrian Scareborough, Jacki Weaver. Photographie : Joseph E. Gallagher. Musique : Craig Wedren. Etats-Unis, 2015.

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