American Horror Story 4 : monstres et compagnie

Une des plus grandes actrices du monde aux côtés de la plus petite.

Une des plus grandes actrices du monde aux côtés de la plus petite.

Le premier épisode de la quatrième saison d’American Horror Story a été diffusé mercredi aux States. Il reste quelques semaines au public français pour se préparer psychologiquement.

Depuis sa première saison il y a 3 ans, American Horror Story n’a jamais cessé de nous surprendre, et de nous mettre mal à l’aise. Pour cette quatrième fournée, les scénaristes ont de nouveau changé le lieu de l’action et les personnages mais l’esprit demeure. Cette fois, ça se passe dans une foire aux « monstres » au milieu d’une province californienne en 1952. Nous mettons « monstres » entre guillemets, car nous avons bien compris la leçon du Freaks de Tod Browning donnée en 1932 : les monstres ne sont pas ceux qu’on croit. Mais point de misérabilisme, il n’y a pas un seul personnage dans AHS 4 qui ne soit pas doté d’une complexité toute humaine, donc capable de choisir alternativement entre le bien et le mal, parfois le mal pour faire le bien. Prenez par exemple Elsa Mars (Jessica Lange), la Madame Loyale de ce cirque du freak. Elle est prête à tout pour protéger sa foire, y compris faire pression sur ses pensionnaires.

A l’instar de la seconde saison qui se passait dans les années 60, la série explore les aspects les moins flatteurs de la société américaine de l’époque, notamment comment elle traite ses exclus : les fous dans la saison 2, les femmes et les noirs dans la saison 3. En 4, c’est la monstruosité, c’est à dire la différence poussée à l’extrême au point qu’elle déclenche un sentiment universel de rejet, de peur, en même temps qu’elle suscite la pitié ou l’empathie. On se gardera de dire, car c’est seulement le premier épisode et l’affirmation est trop politiquement correcte, que AHS 4 est une leçon de tolérance. C’est pas tellement le genre de la maison. En revanche, si encore une fois les créateurs utilisent ce mélange de provocation, d’horreur, de violence et de sexe pour créer le trouble chez le public, ils ajoutent un nouvel ingrédient qui ne laissera personne insensible.

Pour donner la réplique à Jessica Lange, les showrunners ont choisi des comédiens dont les particularités physiques ne font aucun doute. Bien sûr on aura reconnu Kathy Bates dans le rôle de la femme à barbe. En revanche le visage de Jyoti Amge est nouveau à la télévision, et personne ne l’oubliera. Amge est la femme la plus petite du monde, 5 kilos pour 62 cms et 21 années au compteur. Elle, et la moitié des « freaks » du casting ne sont pas issus d’une séance de maquillage mais du monde réel. Amge est venue au monde en 1993 en Inde, et accèda à la notoriété en même temps qu’elle gagna confiance en elle. Suffisamment confiance pour formuler le rêve de devenir actrice « pas seulement dans les films de Bollywood, mais aussi donner la réplique à des acteurs hollywoodiens » (voir l’interview promo ci-dessous). La voici donc à l’affiche d’une des meilleures série américaine, aux côtés de plusieurs grands acteurs comme Jessica Lange et Kathy Bates. Elle partage l’affiche de ce Freak Show avec Mat Fraser, un artiste atteint de phocomélie (malformation des extrémités, en l’occurence, des bras), et Rose Siggins, dépourvue de la partie inférieure du corps. American Horror Story a toujours cherché à choquer le spectateur mais jamais gratuitement. Et si le show exhibe des êtres humains qui au siècle dernier auraient été de véritables phénomènes de foire, aujourd’hui des curiosités biologiques, c’est aussi pour mettre en lumière la normalité de ces « artistes extra-ordinaires ». Et aussi pour nous rappeler, comme le dit le slogan officiel de la saison 4, que d’une manière ou d’une autre, nous sommes tous des monstres.

Post Your Thoughts